Fleur Pellerin: «Avec des citoyens pourvoyeurs d'informations, il est possible d'améliorer la vie de la cité»

Propos recueillis par Matthieu Goar

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Fleur Pellerin dans son bureau, le 10 juin 2013.
Fleur Pellerin dans son bureau, le 10 juin 2013. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Fleur Pellerin, ministre déléguée à l’Innovation et à l’Economie numérique, réagit auprès de 20 Minutes à l’actualité des réseaux sociaux et détaille la nouvelle application citoyenne de la Licra.

De nombreux internautes ont été choqués ces derniers jours par la création d’un faux compte Twitter insultant Clément Méric et par le piratage de la page Facebook créée par ses amis. Qu’en pensez-vous?

Je considère qu’Internet est un espace public comme la rue. Tout message haineux, tout propos à caractère raciste ou antisémite, doit y être proscrit. La question est de savoir quels outils sont à notre disposition pour le faire. Il est sans doute moins facile d’appliquer la loi sur les réseaux sociaux, dématérialisés, sans frontières et pas forcément soumis à la législation locale que sur l’espace public. Avec le hashtag #unbonjuif, on était dans un délit pénal et le parquet avait ouvert une enquête Sur Clément Méric, je pense d’abord à sa famille, je me mets à leur place. Mais on est plus dans quelque chose de l'ordre de la diffamation. C’est à la famille de prendre la décision de porter plainte. 

Mais discutez-vous de ces sujets avec Twitter et Facebook?

Nous avons mis en place un groupe interministériel qui coopère de manière constructive avec Twitter. Il faut trouver un équilibre entre la liberté et la répression, privilégier le dialogue plutôt que les contentieux. Nous avons des relations avec les représentants locaux de ces entreprises. Elles sont de bonne volonté. Elles veulent respecter les cultures juridiques et philosophiques locales. Mais il y a un temps de latence car elles viennent d’ouvrir des représentations locales. L’important est de dialoguer et de travailler avec elles. Ce n’est pas toujours évident car ce sont des sociétés qui se considèrent de droit américain, mais elles doivent respecter les décisions des juges français.

Expliquez-nous pourquoi vous soutenez l’application antiraciste que lance la Licra mardi..

Grâce à un mobile, cet outil prend en photo et géolocalise les tags racistes et antisémites et les signale aux autorités ou aux collectivités locales qui peuvent rapidement aller effacer les inscriptions. L’application permet aussi aux victimes d’actes racistes d’obtenir de l’aide avec des conseillers de la Licra pour avoir des conseils sur les réactions à avoir et sur les droits. Ce sont des applications d’intérêt public, utiles, qu’il faut soutenir.

Avez-vous d’autres projets de ce type?

Nous allons mettre en place dès la rentrée un  projet de laboratoire des usages de l’Internet, un lab d’innovation dont le but sera de lancer des appels à projets d’applications d’intérêt public. Le bon exemple est le site Blablacar (un site de covoiturage). Ou encore des applications qui permettent de lutter contre les incivilités. La collecte de données en temps réel permet de prendre de l’avance, de faire remonter des informations rapidement, en cas de catastrophes naturelles par exemple. Plus informées, les collectivités locales gèrent mieux le trafic ou la collecte des ordures. Avec des citoyens pourvoyeurs d’informations, il est possible d’améliorer la vie de la cité mais aussi de créer des modèles économiques. L’Etat de New York a ainsi publié les données médicales anonymisées de ses citoyens et de nombreuses start-up se sont créées. Ces entreprises prévoient des phénomènes comme l’arrivée de la grippe en avance sur les agences de santé.

N’y a-t-il pas un risque de citoyen-flic qui surveille son voisin?

Signaler un tag raciste n’est pas une atteinte aux libertés. Il s’agit juste d’une façon de faire respecter la loi, de lutter contre les incivilités. Nous ne sommes pas face à un mécanisme de délation mais de signalement. Nous sommes dans l’épure du geste citoyen.