Stéphane François: «Il y a un esprit de clan, une haine de l’autre, une ultraviolence»

INTERVIEW Le chercheur, spécialisé dans les droites radicales, analyse l’état de la mouvance skinhead après la mort cérébrale de Clément Méric...

Propos recueillis par Matthieu Goar

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Illustration d'un skinhead.
Illustration d'un skinhead. — BERND VON JUTRCZENKA/AFP

Stéphane François est un spécialiste des droites radicales, notamment chez les jeunes. Associé au laboratoire Groupe sociétés religions laïcités (GSRL) du CNRS, il a notamment étudié des groupes de Skinheads en Picardie et dans le Nord-Pas-de-Calais.

>> Lire son article avec Jean-Yves Camus sur «L'extrême droite en France et la violence politique» dans la Revue des sciences sociales 

Comment se situe le mouvement skinhead aujourd’hui en France?

Il  y a  un regain d’activité des franges les plus radicales depuis quelques mois et même quelques années. Ce nouvel essor a débuté lorsque Marine Le Pen a lancé la dédiabolisation du FN. Les éléments les plus radicaux se sont alors tournés vers des groupuscules plus en phases avec leurs idées. Et des groupes skinheads ont eux aussi recommencé à se développer, en Picardie, dans le Nord, en Alsace ou dans la région lyonnaise. Ce sont des bandes pas forcément politisés mais que Serge Ayoub, fondateur des JNR (Jeunesses nationalistes révolutionnaires), essaye de récupérer alors que les Jeunesses nationalistes d’Alexandre Gabriac ou le Néo-Gud s’adressent à des jeunes  d’origine plus favorisés.

Qu’est-ce qui les relie entre eux?

Ils sont d’origine très populaires, très jeunes et écoutent la même musique. Ce n’est plus le ska comme dans les années 60, le punk ou la musique Oï comme dans les années 80 mais une techno hardcore (Gabber). Cette reconnaissance dans la musique et les vêtements correspond au mouvement originel. Il y a un esprit de clan, une haine de l’autre, une ultraviolence. Il est très dur de chiffrer ces nouveaux skins mais il est clair que le mouvement se développe.

Où se situent-ils politiquement?

Ils peuvent être séduits par le discours de quelqu’un comme Ayoub qui n’est ni capitaliste, ni communiste mais qui prône une troisième voie. Ces jeunes en veulent au patron qui délocalise et ne les embauche pas et à l’immigré qui prend leur travail. Il s’agit d’une sorte de socialisme du ressentiment. Gabriac lui est plus dans une nostalgie du pétainisme ou de Mussolini. Mais cela reste une mouvance très volatile. On peut estimer que 2.000 à 3.000 personnes adhèrent aux idées de la droite radicale mais très peu sont prêt à passer à l’action. Ayoub organise une marche tous les 9 mai. En gros, on peut dire qu’il a tout au plus une centaine de militants derrière lui.

Les récentes Manifestations pour tous ont-elles pu les radicaliser?

Non leur radicalisation date de bien avant, d’une certaine crise d’identité autour de la mondialisation et de l’Europe. Clairement dans la mouvance skinhead, ils ne sont pas vraiment portés sur la défense du mariage mais prônent l’union libre, la consommation de stupéfiants.