L'UMP recalée en proposant de limiter la liberté religieuse dans le privé

POLITIQUE Le groupe UMP propose une loi à l'Assemblée nationale visant à étendre le principe de neutralité religieuse dans les entreprises et les associations privées, un projet voué à l'échec...

Anne-Laëtitia Béraud

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Photo d'illustration du port du voile dans une entreprise.
Photo d'illustration du port du voile dans une entreprise. — SHAH MARAI / AFP

Jeudi, sauf miracle, l’UMP connaîtra un échec à l’Assemblée nationale. Le groupe propose une loi concernant la neutralité religieuse dans les entreprises et associations, en réaction à l’affaire Baby Loup. En mars dernier, la Cour de cassation a frappé de nullité le licenciement d'une employée voilée de la crèche associative privée Baby Loup, dans les Yvelines.

Emotion pour la droite, -mais aussi d’une partie de la gauche et d'intellectuels-, qui décide de porter plusieurs textes modifiant le Code du travail pour que soit élargies, au sein des entreprises et des associations privées, les conditions imposant aux salariés une neutralité religieuse.

Une proposition de loi pas soutenue pas les amis centristes

Mais le texte de l’UMP, porté notamment par le député des  Alpes-Maritimes Eric Ciotti, va atterrir à la poubelle. Retoqué en commission à l'Assemblée nationale le 29 mai, le projet de loi n’a pas l’appui du groupe PS, majoritaire, qui préfère attendre les propositions de l'Observatoire de la laïcité.

Cette organisation, installée en avril par le Président François Hollande, va rendre au début de l’été un avis sur l'encadrement de la laïcité dans les structures accueillant des enfants, avant un avis définitif à la fin de l’année, précise La Croix.

Attendre est, pour Eric Ciotti, est «une position très hypocrite du Parti socialiste. D’un côté Manuel Valls s’émeut publiquement de l’arrêt de la Cour de cassation sur Baby Loup, et de l’autre, le PS recule, pris dans des logiques électoralistes dans certains quartiers alors que les communautarismes avancent», lâche-t-il à 20 Minutes. L’élu, certain que ce type de texte «qui pose des garde-fous, pas des obligations» sera forcément adopté à moyen terme par le Parlement, se désole «du temps perdu, à cause de fausses excuses».

Un texte loin de faire l'unanimité

L’UMP ne comptera pas non plus sur le soutien des amis centristes de l’UDI sur ce texte. En effet, le groupe a annoncé qu’il s’abstiendra car cette proposition de loi «vise à réglementer ce qui est interne à l'entreprise» au détriment du «dialogue entre les parties [les partenaires sociaux ou les représentants des personnels]», a expliqué le porte-parole du groupe UDI Jean-Christophe Lagarde, lors d'un point presse. «Non, ce n’est pas si clair», réfute Eric Ciotti. «J’ai eu Rudy Salles [député UDI des Alpes-Maritimes], il va voter avec nous», affirme le député UMP.

Mais, même au sein de l’UMP, la proposition de loi ne fait pas l’unanimité. Le député des Yvelines Jean-Frédéric Poisson, proche de Christine Boutin, affirme à 20 Minutes qu’il s’abstiendra. «Légiférer n’est pas une bonne piste à mon avis, mieux vaut le dialogue social», estime-t-il. «Avec une loi, on traite de manière uniforme des situations diverses. Oui à la laïcité, mais non aux dérives laïcistes», ajoute Jean-Frédéric Poisson, qui préconise une «liberté totale» dans ce domaine, sous la condition que les signes ou des pratiques religieux ne troublent pas l’ordre public.