Primaire UMP à Paris: Un vainqueur déjà fragilisé

POLITIQUE Le vainqueur de la primaire UMP à Paris, qui pourrait être proclamé ce lundi, portera le souvenir des querelles de la campagne sur ces épaules...

Anne-Laëtitia Béraud

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Le 29 mai 2013. Les 4 candidats a la primaire UMP, Franck Margain, Jean-Francois Legaret, Nathalie Kosciusko-Morizet et Nathalie Kosciusko-Morizet presentent la cle electronique qui est censee eviter les fraudes lors du vote.
Le 29 mai 2013. Les 4 candidats a la primaire UMP, Franck Margain, Jean-Francois Legaret, Nathalie Kosciusko-Morizet et Nathalie Kosciusko-Morizet presentent la cle electronique qui est censee eviter les fraudes lors du vote. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Alors que le scrutin de la primaire UMP à Paris se termine ce lundi, le vainqueur, s’il est proclamé ce soir à 19h, semble être déjà en difficulté. Etripage des quatre candidats entre eux, campagne «au climat nauséabond» mêlant dénonciation des fraudes et appel à la suspension du vote par Pierre-Yves Bournazel, le souvenir des querelles intestines de l’UMP refait surface.

Si le silence est imposé aux candidats de la primaire, les têtes du parti ont, eux, la langue bien pendue. Ils s’étonnent depuis 48h les conditions de cette élection, évoquant des «difficultés». Au président Jean-François Copé d’expliquer dimanche que «nous apprenons effectivement la démocratie. C'est assez nouveau», à Valérie Pécresse de confier que l’UMP «a du mal à organiser des primaires (…) nous faisons l'apprentissage de la démocratie interne». Dans un entretien au Parisien, Luc Chatel explique que le déroulement de cette élection est «un message d'alerte» pour le parti, dans la perspective de la présidentielle de 2017.

Les recours se multiplieront suivant le score de NKM

L’alerte est grande pour la candidate UMP Nathalie Kosciusko-Morizet, pourtant favorite du scrutin: Elle souffre de la faiblesse du nombre de votants, -soit environ 20.000 votants sur les 60.000 attendus-, des tentatives de blocage des opposants au mariage homosexuel, rassemblant des membres de la Droite forte (un mouvement de l’UMP) et de groupuscules d’extrême droite, d’un climat de campagne «nauséabond», mais aussi d’un scrutin électronique pas exempt de fraudes, qui laisse penser que des recours seront déposés auprès de l’autorité de supervision de cette primaire.

Ces problèmes poussent Jean Leonetti, vice-président de l’UMP, à souhaiter «revenir au vote papier, sans procurations. En effet, le scrutin électronique est entaché psychologiquement d’erreurs. Chacun le voit avec suspicion. Revenons au papier, même si c’est lourd et que cela coûte de l’argent», affirme l’ancien ministre, qui soutient Nathalie Kosciusko-Morizet.

Fracture idéologique au sein du parti

Outre les problèmes technologiques, c’est une culture du chef à droite qui pose toujours problème. «Une primaire n’est pas dans les habitudes d’une partie bonapartiste de l’UMP», souligne Paul Bacot, professeur de science politique à l'Institut d’études politiques de Lyon. «Historiquement, à droite, l’élection célèbre le chef, qui a déjà été choisi et assis son pouvoir. C’est pourquoi NKM sera plus ou moins contestée suivant le score qu’elle obtient ce lundi soir. Si c’est 50/50 avec un autre candidat, la confusion deviendra totale», souligne le politologue.

Un scénario qu’espère la candidate socialiste aux municipales parisiennes, Anne Hidalgo, qui affirme, dimanche, que «la personne qui sortira de cette primaire [UMP] partira affaiblie, parce que le processus de vote est contesté». Une assertion appuyée lundi par le porte-parole du Parti socialiste David Assouline, qui déclare lors d'un point presse que «la légitimité et l'autorité de Nathalie Kosciusko-Morizet comme candidate de son camp, si elle sort vainqueur de ce scrutin, risquent d'être au moins aussi grandes que celle de Jean-François Copé à la tête de l'UMP».

Difficulté pour Jean-François Copé

«Cette primaire parisienne tourne à l’auto-flagellation», soupire Alain Lambert, ancien ministre UMP du Budget, président DVD du conseil général de l’Orne. «Elle reflète aussi les tensions à l’œuvre à l’UMP, avec des querelles et une réelle fracture entre des lignes idéologiques opposées», continue l’élu, désormais proche de François Bayrou.

Cette primaire à la peine pourrait enfin retomber sur les épaules du président contesté de l’UMP, Jean-François Copé, analyse Paul Bacot. «L’ampleur des fraudes contribuera à saper une nouvelle fois sa légitimité», déclare-t-il, ajoutant: «Jean-François Copé sera vu comme incapable d’organiser clairement une élection interne dans son parti.»