Elysée: François Hollande, un an après

POLITIQUE Au plus fort de la crise, comment va l'homme?...

Matthieu Goar

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François Hollande sur la base militaire d'Olivet près d'Orléans (Loiret), le 9 janvier 2013
François Hollande sur la base militaire d'Olivet près d'Orléans (Loiret), le 9 janvier 2013 — Jacques Brinon/AP/SIPA

Un an jour pour jour après les flons flons du 6 mai, comment va François Hollande? Accusé par un de ses camarades de diriger le pays comme un «président de Conseil général», comparé à un «assassin d’enfants» par les anti-mariage pour tous, vilipendé par Mélenchon qui le décrit comme une des «causes de la crises», le président voit sa courbe des sondages s’effondrer au fur et à mesure que celle du chômage augmente. 

Retour sur la première année du quiquennat de François Hollande en vidéo

 

Vidéo Enora Ollivier et Thomas Lemoine

De quoi avoir la gueule de bois. Et ne pas célébrer de façon trop ostentatoire cette première année à l’Elysée. «On ne va pas fêter un anniversaire alors que le parcours n’est pas achevé. On soufflera les bougies en 2017, analyse Bernard Combes, maire de Tulle, conseiller à l’Elysée qui observe François Hollande au plus près depuis des mois. «Oui c’est un mandat qui isole. La fonction est un QHSP, un ‘Quartier de Haute sécurité politique’ où il est moins facile d’aller vers les gens mais lui continue à se passionner pour les Français. A chaque fois il me demande comment va Tulle, il me demande des nouvelles de ses habitants.»

Eviter la «bunkerisation»

Pour éviter une «bunkerisation» de l’Elysée et afin de répondre à le grogne d’une partie de sa majorité, Hollande n’hésite pas à changer. Depuis un mois, il reçoit régulièrement des petits groupes d’une dizaine de parlementaires. Un reniement d'une de ses promesses, selon la droite. «On ajuste», riposte un conseiller. «Je l’ai trouvé lucide, combatif, se souvient Pascal Popelin, député de Seine-Saint-Denis, reçu fin avril lors d’un «apéro» où le président est resté 1h30. «Dans son attitude, il est resté proche, accessible, à l’écoute notamment sur les questions de l’autorité de l’Etat.» Dans l’intimité, les socialistes continuent à tutoyer et à donner du François au président. «Pas en public, il doit y avoir un respect de la fonction », glisse Bruno Le Roux, hollandais historique et président du groupe PS à l’Assemblée.

La «colère froide» de Hollande

Le pouvoir n’aurait-il pas changé le socialiste bonhomme et l’artiste de la synthèse des courants? Si ses proches le décrivent comme «pudique» et toujours aussi maître de ses émotions, certains ont été surpris par sa «colère froide» le jour des aveux de Jérôme Cahuzac. D’autres l’ont dit très affecté par les perspectives de croissance révisées à la baisse mais aussi «déterminé» lors des premiers jours de la guerre au Mali où le président est resté dormir à l’Elysée, contrairement à son habitude.

«Il garde un immense sang froid avec un son cap pour la réorientation de l’Europe», ajoute Seybah Dagoma, député de Paris qui a elle aussi participé à un «apéro», présidentiel. Là où ses proches décrivent un  «esprit toujours aussi vif dans la conversation»,  l’opposition critique, elle, l’habileté d’un homme qui se débat dans un costume trop grand pour lui. «J’ai toujours pensé que la fonction faisait l’homme mais lui n’arrive pas à endosser le costume.  Il singe le côté sphinx de Mitterrand mais avec Hollande, cela devient de l’immobilisme, sans projet notamment sur l’Europe, quand il déclare à Berlin que «La France sera à l’écoute», tranche le vice-président de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde, qui reproche au président de faire la même chose que ce qu’il reprochait à Sarkozy, «notamment en nommant des amis aux responsabilités », comme Olivier Schramek à la tête du CSA.

«Nous sommes un médecin qui utilise les bons médicaments mais qui cherche encore parfois  le bon dosage»

L’entourage du président admet des erreurs de jeunesse dans la «fréquence» des interventions médiatiques mais aussi dans l’organisation du pouvoir. A l’Elysée, on souhaite un PS plus en accompagnement, moins en retrait, des ministres plus collectifs alors qu’un remaniement se profile dans les mois à venir. «Nous sommes un médecin qui utilise les bons médicaments mais qui cherche encore parfois  le bon dosage», conclut Bernard Combes.