Damien Abad, député, handicapé, et bien d'autres choses encore

POLITIQUE La proposition du député handicapé Damien Abad, qui vise à intégrer dans chaque texte de loi des dispositions pour l'adapter aux personnes handicapées, est examinée ce jeudi à l’Assemblée nationale...

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Le député UMP de l'Ain Damien Abad, devant l'Assemblée nationale, le 24 avril 2014.
Le député UMP de l'Ain Damien Abad, devant l'Assemblée nationale, le 24 avril 2014. — A. GELEBART/20 Minutes

A l’Assemblée nationale, le député UMP de l’Ain Damien Abad attend une décision ce jeudi. Le trentenaire, qui souffre d’une maladie qui déforme certains de ses membres et le gêne dans ses déplacements, saura alors si sa proposition de loi «handicap» est votée.

L’examen du texte s’annonce néanmoins compliqué: le député a reçu le soutien des Verts, du Front de gauche, de l’UDI et de l’UMP, mais les socialistes n’y sont pas favorables. Et comme ils sont majoritaires au Palais-Bourbon… «Si ce texte n’était pas voté, ce serait un mauvais signal pour la majorité, alors que l’engagement 32 de François Hollande à la présidentielle vise précisément à “garantir l’existence d’un volet handicap dans chaque loi”», regrette l’élu UMP de l’Ain.

Sa proposition de loi ne semble pourtant pas être propice aux déchirures partisanes: elle vise à faire en sorte que, dans chaque texte de loi, il existe des dispositions pour adapter le contenu de cette loi aux personnes handicapées. «Le but du texte est de passer d’une approche segmentée à une approche globale, transversale et continue du handicap. Cela profitera et coûtera moins cher à la société, car il est plus économique d’aménager en amont plutôt que réaliser des modifications après», souligne Damien Abad.

Un homme pressé

Mais si l’élu de la République se bat pour ce texte, le trentenaire ne se sent pas pour pourtant l’âme d’une icône des handicapés. «J’ai toujours dit que je ne voulais pas m’enfermer dans cette question du handicap. Et en même temps, il y avait une attente, compte tenu de ma propre situation, et j’ai dit que j’y répondrais. C’est pourquoi je souhaitais faire un geste fort sur cette question, dès le début de mandat», continue-t-il.

Car Damien Abad est un homme pressé. Major de l’IEP de Bordeaux, diplômé de Sciences Po, à Paris, entré en politique chez les centristes, élu plus jeune député européen français en 2009 avant un coup de foudre politique pour un Nicolas Sarkozy «version deuxième partie du quinquennat», il obtient l’investiture UMP dans l’Ain pour les élections législatives de 2012, avant d’atterrir à l’Assemblée nationale. Le premier élu handicapé de la chambre basse… sur un siège inadapté.

Une rangée aménagée dans l’Hémicycle

«Quand je suis arrivé dans l’Hémicycle, je ne pouvais déplier mes jambes et m’asseoir correctement à ma place. J’ai fait la session extraordinaire dans cette position. Le personnel de l’Assemblée a compris la situation, et des travaux ont été faits. Maintenant, une rangée de trois sièges est accessible dans l’Hémicycle pour des gens comme moi», raconte Damien Abad.

Une compréhension qui lui permet d’obtenir, après un siège adapté dans l’Hémicycle, un bureau parlementaire avec un lit et «une grande douche», souligne-t-il, alors les députés bataillent, à chaque nouvelle législature, pour obtenir des bureaux de travail commodes. La raison? Selon Damien Abad, elle tient à l’évolution du regard sur le handicap: «Si j’avais été élu député il y a dix ans, je n’aurais pas reçu le même accueil», assure-t-il. Une évolution du regard sur le handicap qui nécessite aujourd’hui, rappelle Damien Abad, une réponse globale de la société.