«Mariage pour tous»: Quand la contestation dégénère

POLITIQUE Entre dérapages et agressions physiques, certains anti-«mariage pour tous» vont au-delà de la contestation pacifique...

Anne-Laëtitia Béraud

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Des échauffourées avec des opposants au «mariage pour tous», le 17 avril 2013 à Paris.  
Des échauffourées avec des opposants au «mariage pour tous», le 17 avril 2013 à Paris.   — KENZO TRIBOUILLARD/AFP PHOTO

Alors que l’examen en seconde lecture du projet de loi sur le «mariage pour tous» continue à l’Assemblée nationale, les agressions verbales et physiques se multiplient depuis deux semaines. Des actes qui deviennent de plus en plus violents, ce qui a poussé le Président François Hollande à dénoncer, ce jeudi, les actes «homophobes» et «violents» commis par certains opposants au mariage homosexuel, rappelant qu'«aucune manifestation» ne devait «dégénérer». 20 Minutes liste les derniers débordements.

Une manifestation dégénère à Paris

Des échauffourées se sont déroulées mercredi soir à Paris après une manifestation d'opposants au mariage homosexuel près de l'Assemblée nationale. Onze personnes ont été interpellées. Alors que la manifestation était autorisée jusqu'à 22h, quelques centaines de personnes sont restées sur les lieux. Certaines d'entre elles ont tenté d'en découdre avec les forces de l'ordre et de forcer les barrages installés devant la rue menant à l'Assemblée. Des manifestants ont lancé des fusées, des bouteilles et des pierres sur les CRS, et ont brisé les vitres d'une voiture. Les forces de l'ordre ont fait usage de quelques gaz lacrymogènes. Des journalistes ont été pris à partie par des militants d'extrême droite, qui ont cassé une caméra et molesté certains d'entre eux.

Plus tôt dans la soirée, 24 autres personnes qui tentaient de mener une contre-manifestation aux cris de «pas de fachos dans nos quartiers» avec une banderole «L'homophobie tue», avaient déjà été interpellées, selon la police.

Agressions homophobes à Lille et Bordeaux

Toujours mercredi soir, trois employés d'un bar gay du centre de Lille ont été agressés par quatre hommes qui ont été rapidement interpellés et placés en garde à vue par la police. Selon le patron de l’établissement, qui a été blessé au visage, les quatre hommes, «crâne rasé, tatoués», étaient venus «casser du pédé». La vitrine du bar a notamment été dégradée à l’aide des sièges installés en terrasse, plusieurs personnes ont été frappées, et des propos homophobes ont été tenus. Selon le parquet, les suspects «revendiquent leur appartenance à une mouvance extrémiste» et sont connus des services de police pour des faits mineurs, sans aucun rapport avec ceux de mercredi soir.

A Bordeaux la même nuit, un client d’un bar gay à été légèrement blessé par plusieurs personnes, qui sont entrées dans l’établissement en brisant des verres et des bouteilles. Dans la nuit du 6 au 7 avril, un couple d’homosexuels a été passé à tabac dans le nord de Paris. L’un des hommes, Wilfried, 38 ans, a posté le lendemain des faits une photo sur Facebook, le visage tuméfié. Il a raconté avoir entendu « Ah des homosexuels» avant d’être violemment frappé.

Des dégradations et des intimidations

Dans la nuit du 6 au 7 avril, des membres du Printemps français ont dégradé la devanture de l’espace des Blancs Manteaux à Paris, où l’association Inter-LGBT (Lesbiennes, Gay, Bi, Trans) organisait «Le printemps des assoces». Deux plaintes ont été déposées pour vol et dégradations.

Dans la nuit du 20 au 21 janvier, le local du Parti socialiste d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) avait été vandalisé, sa vitrine brisée par des jets de briques. Certains autocollants «homo, n'oublie pas que tu as eu un père et une mère» signés jeunesses-nationalistes.fr avaient été retrouvés sur place.

Une quarantaine d'opposants au projet de loi sur le «mariage pour tous» ont attendu et chahuté le 14 avril le ministre français de l'Intérieur Manuel Valls et son épouse à la sortie d'un concert salle Pleyel à Paris. Quatorze personnes ont été interpellées pour un contrôle d'identité. Le même week-end, la documentariste pro-mariage gay Caroline Fourest était poursuivie à Nantes par des opposants au texte, qui ont bloqué le train qu'elle devait prendre.

Lettres de menaces à deux députés socialistes vendéens

Deux députés socialistes de Vendée, Sylviane Bulteau et Hugues Fourage, ont eu la désagréable surprise de recevoir des lettres de menaces. Dans une missive adressée à l’élue, un corbeau signant IFO (une même signature retrouvée à côté de la balle adressée au juge Gentil, qui a mis en examen Nicolas Sarkozy pour abus de faiblesse dans le cadre de l’enquête Liliane Bettencourt) écrit qu’on va «la faire sauter avec des explosifs». A Hugues Fourage, on lui ordonne: «Reste sage ou ta maison, on la saccage.» Les élus, qui reçoivent par ailleurs plusieurs lettres d’insultes, appellent l’opposition à condamner les dérapages.

Un dessin posté sur la page facebook du GUD Lyon appelant à frapper des homosexuels

Le Groupe union défense (GUD) de Nancy, un groupuscule étudiant d’extrême droite, a récemment posté une image sur Facebook appelant à frapper les homosexuels, accompagné de quelques mots en anglais : «Good night Gay Pride (Bonne nuit Gay Pride, du nom de la «Marche des fiertés»)». Sur le dessin, une silhouette noire éclate, à coups de poings, la tête d’une silhouette rose à terre. L’association Inter-LGBT a déposé une plainte auprès du procureur de la République de Paris pour incitation à la haine et à la violence, rapporte Le Figaro.

Dérapages verbaux dans l’hémicycle

La séance à l’Assemblée nationale, ce jeudi matin, a été interrompue après les propos du député UMP du Rhône Philippe Cochet. L’élu, qui s’exprimait à propos de l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, a jugé que la gauche était «en train d’assassiner des enfants». «Je vous accuse mesdames et messieurs de la gauche: vous êtes en train de créer un précédent, vous êtes en train d’assassiner des enfants, c’est scandaleux», a lancé l’élu, ajoutant: «Je n’ai pas peur de ce terme. C’est inacceptable.»

Le président (PS) de l’Assemblée nationale Claude Bartolone a décidé de suspendre la séance. Revenu dans l’hémicycle, le député UMP Philippe Cochet est revenu sur ses propos, expliquant que «le terme ("assassiner des enfants" ndlr) n'était pas approprié», préférant le terme de «vies brisées des enfants». Le président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone a ensuite lancé aux députés: «Attention aux mots qui sont utilisés. En essayant de nous blesser les uns les autres, c'est la République que l'on peut blesser.»

>> Opposant au «mariage pour tous», comment vivez-vous ces débordements? Vous envisagez de vous désolidariser du mouvement? Vous refusez de participer aux manifestations? Vous regrettez ces actes mais maintenez votre engagement?

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