Ce que révèle l'interview-confession de Jérôme Cahuzac

POLITIQUE Les formules ciselées de l'ancien ministre visent à susciter l'empathie du public...

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Capture d'écran BFMTV/RMC de l'entretien confession de Jérôme Cahuzac, le 16 avril 2013.
Capture d'écran BFMTV/RMC de l'entretien confession de Jérôme Cahuzac, le 16 avril 2013. — Capture d'écran 20 Minutes

Dans une confession à l'américaine, l'ancien ministre socialiste du Budget Jérôme Cahuzac a annoncé mardi sa démission de son mandat de député et la fin probable de sa carrière politique. L’homme, qui a provoqué une crise politique en France pour avoir détenu un compte bancaire occulte en Suisse, s'est livré sur BFM-TV et RMC à un exercice inédit en confirmant ses aveux.

Pourquoi a-t-il choisi certaines formules, comme la «part d’ombre»? Quel est l’effet recherché auprès du public? 20 Minutes à demandé des explications à Sébastien Durand, consultant en communication et «storytelling»…

Dans cette interview, Jérôme Cahuzac affirme tout de suite avoir commis «une faute morale». Pourquoi ce terme?

Tout d’abord, notez que chaque mot de cet entretien a été étudié, contrôlé. Sa stratégie de sa communication sur l’aveu est cohérente. Il a d’abord avoué sur son blog, maintenant il continue dans cette interview télé. Sur la «faute morale», je dirais qu’ajouter un qualificatif à un terme l’adoucit: ainsi Jérôme Cahuzac ne parle pas de «faute», mais de «faute morale», préfère dire «je n’ai pas dit la vérité» plutôt que «c’était mon mensonge», ou encore répondre, à la question sur son possible retour à la vie politique, «infiniment peu probable» plutôt que «non, je ne reviendrai pas».

Ces formules, dont celle de la «faute morale»qui rappelle les mots prononcés par Dominique Strauss-Kahn dans son interview confession sur l’affaire du Sofitel (les deux hommes emploient d’ailleurs la même communicante, Anne Hommel), veulent dire qu’il n’y a rien de définitif. La porte est toujours ouverte pour le futur.


A propos de souffrance, Jérôme Cahuzac exprime le fait de s’être «consumé de l’intérieur», d’avoir été «à terre»…

Il verbalise une «erreur», une «folle bêtise commise il y a vingt ans», qui le fait souffrir depuis lors. Il exprime aussi sa peur d’aller en prison, la douleur qu’il tire de cette «erreur». Avec ces mots, Jérôme Cahuzac veut dire qu’il est victime de lui-même, qu’il paye douloureusement son mensonge depuis ces nombreuses années. S’il a beaucoup souffert, alors il est déjà moins coupable, veut-il expliquer.

La formule «part d’ombre» est d’ailleurs revenue plusieurs fois durant cette interview. Que veut-elle dire ?

Jérôme Cahuzac dit cet oxymore: « J'avais une part d'ombre, elle est aujourd'hui en pleine lumière». Une «part d’ombre» propre à chacun, ajoute-t-il. Chacun a ses petits secrets plus ou moins avouables, lui aussi: avec ces formules, il vise à créer un parallèle avec le public, à susciter son empathie. «Je suis comme vous, vous êtes comme moi», veut-il affirmer.

Par ailleurs, ce terme «part d’ombre» est surprenant, ou très réfléchi: C’est le titre d’un livre d’Edwy Plenel, journaliste à Mediapart, qui a dévoilé l’affaire Cahuzac, dédié aux secrets de François Mitterrand. En langage de la communication, cela s’appelle une «triangulation»: je reprends les mots de mon ennemi pour mieux les reprendre et me les approprier.

L’ancien ministre évoque, à propos de Mediapart, que le média «a contribué à dévaster [m]a vie, mais le responsable c’est [moi]»…

Sa phrase veut dire: «Cette enquête où l’on découvre 600.000 euros valait-elle la peine de ruiner ma carrière?». Là encore, il se pose en victime, tombé pour une somme qu’il juge dérisoire. Ce qui, à mon avis, est une erreur. Pour la grande majorité des Français, 600.000 euros, c’est une très forte somme.


Une phrase concerne son ignorance concernant «le degré de connaissance» du chef de l’Etat dans cette affaire. Pourquoi ces mots?

Là encore, il use d’une phrase qui n’est pas définitive, suscitant une ambiguïté qui a été relevée par les adversaires politiques. Cette phrase pourrait en effet résonner comme une future menace pour l’exécutif, traduisant une explication à venir.

Que pensez-vous du format de cet entretien télévisé?

La communication de Jérôme Cahuzac innove sur plusieurs points. Tout d’abord, il avoue sur son blog, ce qui est une première, puis ensuite il choisit un format télévisé très original pour continuer sa communication. Il a choisi le journaliste, le format –c’est un entretien enregistré, qui ne laisse donc pas place à l’erreur- donne les formules travaillées de ses communicants: Sa vérité est mise en scène. Et c’est peut-être là que la limite de cet exercice qui devient artificiel, car ce n’est pas la vérité «toute nue» qui est délivrée ici, comme par exemple lors d’un direct.

Quant au style, l’homme est sobre, digne. Son langage corporel lui aussi est sobre. Concernant le cadre de l’entretien, il aurait pu choisir un meilleur cadre de la télévision plutôt qu’un lieu indéfini. Mais c’est toujours mieux que s’il avait reçu une équipe télé chez lui, surtout par ces temps de polémique sur le patrimoine des dirigeants politiques.

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