Législative partielle de l'Oise: Les électeurs PS n’ont pas massivement voté pour le FN

Maud Pierron

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Florence Italiani, la candidate FN dans la 2ème circonscription de l'Oise, à Noaille le 14 mars.
Florence Italiani, la candidate FN dans la 2ème circonscription de l'Oise, à Noaille le 14 mars. — P. VERDY / AFP

«Non, les électeurs PS n’ont pas voté massivement FN au 2nd tour» de la législative partielle de l’Oise le 17 mars dernier, comme cela avait été relayé à chaud, clame une note interne du PS que 20 Minutes s’est procurée. Rue de Solferino, on fulminait contre cette analyse très reprise dès le lendemain du vote par l’UMP et qui s’appuyait sur le travail de Joël Gombin, un doctorant en sciences politiques. A l’aide d’un modèle statistique appliqué aux bureaux de vote, il était arrivé sur son blog à la conclusion que 43% des électeurs de la socialiste Sylvie Houssin du premier tour s’étaient reportés au second tour sur la candidate FN Florence Italiani (48,6%, contre 51,4% pour Mancel).

Le PS récusait cette analyse «hâtive» et attendait l’étude des listes d’émargements de la 2ème circonscription de l’Oise (les résultats du ministère de l'Intérieur par ici Ndlr). C’est chose faite avec la note de deux pages réalisée par la Fédération de l’Oise sur la base de l’étude de 84% des listes d’émargement, qui montre «un fort changement du corps des votants entre les deux tours du scrutin» et bat de fait en brèche la théorie d’un électorat socialiste votant FN. Quelque 4.689 électeurs du premier tour ne se sont pas déplacés au second tour et en revanche, 6.356 électeurs qui ont voté au second tour ne s’étaient pas déplacés au premier tour. Pour rappel, la candidate FN a progressé de quelque 6.000 voix entre les deux tours contre 3.000 voix de plus pour le candidat UMP.

Or, insiste la note, c’est dans les cantons où la candidate socialiste a obtenu le meilleur résultat au premier tour que des votants du premier tour se sont le moins mobilisés pour le second. Et si la participation a augmenté entre les deux tours de 2,5%, elle a baissé dans les cantons où la socialiste était la plus forte au premier tour. «Ces différentes données invalident l’idée d’un fort report sur le FN des voix PS du premier tour», explique la note. En clair, les 6.000 voix supplémentaires engrangées par le FN entre les deux tours s’expliquent surtout par la mobilisation d’abstentionnistes motivés par la présence au second tour de Florence Italiani.

Le FN a mobilisé de nombreux nouveaux électeurs

Autre élément d’analyse: les cantons où la participation a le plus augmenté entre les deux tours sont là où le FN a réalisé ses meilleurs scores. La note cite l’exemple de Grandvilliers qui a connu la plus grosse hausse de participation (+4,63%), et où le FN fait son meilleur score (36,06% de voix exprimées). Le canton de Formerie, deuxième plus forte hausse de la participation (+4,11%), est aussi le deuxième meilleur canton pour le FN (28,63% de voix exprimées).

Pour le PS, c’est très clair, «le PS a subi une très forte démobilisation de son électorat» et donc ceux qui ont fait l’effort de se déplacer font partie du «noyau dur» du PS. «Il est donc très difficile d’imaginer que ceux-ci puissent se reporter massivement» sur le FN. La fédé de l’Oise agrège à la fois les chiffres des 4.689 électeurs qui ne se sont pas déplacés et les 2.277 votes blancs et nuls et le compare au total des voix PS et FG du premier tour pour arriver à un chiffre comparable, de 6.966 voix contre 7.639 voix. La note conclue sur deux idées: que c’est un «signal net pour le PS qui subit une forte abstention» et un «avertissement très clair pour l’UMP» qui «ferme les yeux devant la montée du FN».

«Les enseignements de cette étude, c’est que le FN peut mobiliser fortement même sans être actif, et c’est la non-connaissance  que nous avons de la réserve de voix du FN», insiste Laurence Rossignol, sénatrice de l’Oise. «Vu la personnalité de Jean-François Mancel (qui a appelé à des alliances locales avec le FN et qui a été mêlé à des affaires, Ndlr), on a eu du mal  à le vendre comme cordon républicain aux électeurs de gauche», ajoute-t-elle, insistant sur le fait que les résultats de cette partielle sont quasiment identiques à ceux de la cantonale de 2011 où s’affrontaient au second tour Jean-François Mancel (51,67%) et Florence Italiani (48,33%).  Frédéric Dabi, de l’Ifop, valide l'analyse du PS: «Il s’est passé dans l’Oise un phénomène que l’on constate depuis deux ou trois ans notamment aux cantonales, où le FN progresse fortement entre les deux tours». Oui, «il peut y avoir à la marge des électeurs de gauche qui votent FN, mais ils ont un lien relativement lâche avec le PS. Il s’agit surtout de faire le plein des voix du premier tour et de récupérer les abstentionnistes», dit-il.