Déclaration de patrimoine: Ceux qui sont pour, ceux qui sont contre

M. P.

— 

Jean-François Copé à La Baule le 4 avril 2013.
Jean-François Copé à La Baule le 4 avril 2013. — SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA

Pour contrer le «tous pourri» ravivé par l’affaire Cahuzac, le gouvernement va présenter un projet de loi sur la moralisation de la vie politique dès le 24 avril. Mais en mesure d’urgence, Jean-Marc Ayrault a annoncé que tous les ministres devront publier le 15 avril leur déclaration de patrimoine. Une déclaration qui a déjà été faite à leur aentrée en fonction auprès de la Commission pour la transparence de la vie politique, mais qui n’a aucun pouvoir de contrôle.

Certains, au gouvernement, ont précédé l’injonction de Matignon tels les écologistes qui, collectivement, ont décidé de tout publier dès lundi. Une manière de «transformer l’affaire Cahuzac en opportunité», a jugé Pascal Canfin, ministre délégué au Développement. Marie-Arlette Carlotti, la ministre déléguée aux Personnes âgées, a également dévoilé son patrimoine sur son blog dès lundi matin

Dimanche déjà, Laurent Wauquiez, lieutenant de François Fillon, s’était livré à une opération transparence exhaustive dans le JDD.  «Entre le syndrome "tous pourris" et la transparence, je choisis la transparence, même si elle comporte des excès», explique-t-il. Il veut même aller plus loin et prévenir les conflits d’intérêts, en réclamant aux élus qui sont par ailleurs avocats de publier la liste de leur client. Une pierre dans le jardin de Jean-François Copé… qui continue d’exercer au cabinet Gide Loyrette Nouel. Bruno Le Maire, un proche de Fillon, s’est également attelé à la tâche sur son blog «pour répondre à l’exigence de transparence qu’[il] appelle de [ses] vœux».

Feuilles de salaire sur Facebook

Depuis, chaque élu est invité à détailler son patrimoine, même si rien ne l’y oblige pour le moment. Vincent Feltesse, député PS de la Gironde, a lui décidé de publier sur Facebook ses feuilles de salaire. Invité du JT de France 2, François Fillon, tout en assurant ne pas aimer ce «voyeurisme», a fait la liste de ses biens. «Je suis propriétaire d'une maison dans la Sarthe, achetée il y a vingt ans, 440.000 euros. J'ai moins de 100.000 euros d'épargne, et j'ai deux voitures qui ont plus de dix ans. Ma maison, je l'ai achetée 440.000 euros, en empruntant, aujourd'hui je pense qu'elle vaut à peu près 650.000 euros. C'est mon seul patrimoine», a-t-il listé, promettant par ailleurs une déclaration plus complète dans les prochains jours.

Et cela, il ne sera pas suivi par son ex-rival à la présidence UMP, Jean-François Copé, ni par ses proches, marquant une nouvelle fracture entre copéistes et fillonistes. Invité de France 2 ce mardi, Jean-François Copé a refusé de se livrer au jeu de la transparence dans l’immédiat. «Naturellement je le ferai, le jour où la loi le prescrira», a-t-il répondu. «Mais d’ici là, c’est niet», parce que, dit-il en lançant une pique à l’ancien Premier ministre, «je ne concours pas à ce numéro de voyeurisme, d'hypocrisie». «Hollande souhaite jeter un écran de fumée pour faire oublier une affaire qui n'a rien à voir, celle d'un de ses ministres qui a menti et fraudé le fisc.» «On est donc en train de tout mélanger», a déclaré le patron de l’UMP.

«Une sombre manœuvre de diversion»

Même son de cloche parmi les proches de Jean-François Copé. Christian Jacob, sur Europe 1, a évoqué «une sombre manœuvre de diversion inimaginable. On cherche à tirer des écrans de fumée et on va dans la démagogie». Et de lancer: «Il faut prendre en compte tous ceux qui décident au nom du peuple ou qui portent la parole publique. Ça veut dire l’ensemble des élus, les hauts fonctionnaires, les magistrats, les journalistes, les patrons d’organisations syndicales, les patrons d’ONG. Et si on veut être cohérent, allons au bout des choses et demandons simplement que tous les citoyens aient l’obligation de rendre publiques leurs déclarations de revenus et de patrimoine. Comme ça, le problème sera résolu.»

 

Sur Twitter, Nadine Morano avait déjà sorti l’argument de la démagogie:

Christine Boutin, s’oppose également à l’initiative du gouvernement

A gauche, des députés sont toutefois également réservés. Dans Le Parisien, Jean-Jacques Urvoas a expliqué que «sans une loi, [il] ne publiera pas son patrimoine». Et d’ajouter: «L’exhibition publique n’est pas nécessairement un bienfait».Noël Mamère, lui, s’est dit «pas d'accord avec cette course à la vertu». «Attention à ce prurit de transparence», a-t-il dit, «ce n'est pas avec des initiatives individuelles que l'on va répondre» au problème de l'affaire Cahuzac. «On est dans un Etat de droit et le président de la République a deux outils sous la main: le rapport Sauvé (ndlr: Jean-Marc Sauvé, vice-président du Conseil d'Etat qui avait remis un rapport au chef de l'Etat en janvier 2011 sur les conflits d'intérêts) et les prescriptions de Lionel Jospin», a souligné Noël Mamère. Des préconisations qui devraient trouver leur place dans le projet de loi présenté fin avril par Jean-Marc Ayrault.