Mélenchon et son «coup de balai» inquiètent la gauche

avec AFP

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En appelant à une marche le 5 mai pour donner un "grand coup de balai", Jean-Luc Mélenchon cherche à capter la colère provoquée par l'affaire Cahuzac et à ne pas laisser à Marine Le Pen le terrain du "tous pourris".
En appelant à une marche le 5 mai pour donner un "grand coup de balai", Jean-Luc Mélenchon cherche à capter la colère provoquée par l'affaire Cahuzac et à ne pas laisser à Marine Le Pen le terrain du "tous pourris". — Sebastien Bozon AFP

Jean-Luc Mélenchon assume son discours anti-élites, en appelant à un «grand coup de balai», ce qui inquiète les socialistes mais aussi ses partenaires communistes face à un risque d'éclatement l'ensemble de la gauche.

Vendredi, Jean-Luc Mélenchon annonce une manifestation le 5 mai, un an après l'élection de François Hollande pour promouvoir la VIe République et donner «un grand coup de balai» après l'affaire Cahuzac. Dimanche, Pierre Laurent, numéro un du PCF, a en effet souligné lors du congrès de gauche unitaire, membre du Front de gauche que «l'idée du coup de balai n'(était) ni la bonne expression, ni la bonne orientation. Le message que nous devons envoyer est celui d'un message de fond sur le programme du gouvernement et pas quelque chose qui peut être mal interprété».

«Climat infect des années 30»

Lundi matin, André Chassaigne, président des députés du Front de gauche déclarait ne pas être «sûr» de manifester le 5 mai montrant du doigt les «phrases outrancières, les petites phrases, la politique spectacle, le +tous pourris+» et dénonçant le «coup de balai». «Dans un climat infect des années 30 où les affaires mêlant des politiques se succédaient, la SFIO n'hésitait pas à utiliser ce vocabulaire pour appeler à un profond changement de régime», précise sur son blog Alexis Corbière, secrétaire national du PG.

Mais le débat va au delà du Front de gauche. L'ancienne candidate écologiste à la présidentielle a déclaré qu'elle participerait à la manifestation alors que son parti n'y sera pas préférant la solution d'une «réunion dans l'urgence» entre les partis ayant appelé à voter Hollande.

«Urgence de la situation»

«Devant l'urgence de la situation, il ne s'agit plus de ramener la couverture à soi mais il faut que les partis politiques reprennent leur rôle de forces de proposition, au-delà des petites querelles partisanes», a estimé Jean-Philippe Magnen, porte-parole d'EELV. A la gauche du PS aussi, le «coup de balai» a refroidi les ardeurs. Benoît Hamon, ministre délégué à la Consommation a condamné la «manifestation coup de balai contre la gauche» qui «divise la gauche».

«Il faut parler cru et dru», expliquait dimanche Christian Picquet porte-parole de Gauche unitaire reprenant une phrase de Jean-Luc Mélenchon tout en estimant que l'expression «coup de balai», «durcit le ton jusqu'à brouiller la perspective politique». Une perspective que Pierre Laurent a rappelé: «la manifestation est contre l'austérité, contre la finance et pour une VIe République». «Nous ne pouvons pas rester l'arme au pied» : une expression commune cette fois à Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent.