Scission et radicalisation au sein des opposants au «Mariage pour tous»

POLITIQUE Certains veulent entrer dans une phase de «résistance». Frigide Barjot a déjà viré des historiques de la Manif pour tous…

Matthieu Goar

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Hortense, internaute de «20 Minutes»

Virée de son poste de porte-parole de la «Manif pour tous», Béatrice Bourges continue à s’activer. «Nous en discutons actuellement entre nous. Préparez-vous à des choses… Il y a trop de gens dans ce pays qui ont l’impression de ne pas être entendus», explique la tête de proue du Collectif pour l’enfant qui participera jeudi au rassemblement devant les locaux de France télévisions au moment même où François Hollande répondra aux questions de David Pujadas. «Il y aura plein d’actions. Mais ce genre de choses ne se discute pas sur la place publique.»

Alors que Frigide Barjot a évoqué une troisième manifestation sans préciser de date, une partie des opposants se radicalise, appelle à la «résistance» et à la «désobéissance civile» pour aboutir à un «printemps français», référence aux printemps arabes…  Autour du site Internet leprintempsfrançais.fr, de quelques comptes Twitter et d'une page facebook, ils ont relayé début mars un appel à occuper les Champs-Elysées qui a poussé de nombreux manifestants vers l'avenue, dimanche dernier.

Par un communiqué, Barjot s’en est désolidarisé après avoir pourtant émis elle-même cette idée lors d’une réunion publique. Elle a ensuite fait le ménage en virant Bourges et en comparant les manifestants présents sur les Champs-Elysées à des «skinheads».  «Ils se sont exclus d'eux-mêmes car aller sur les Champs était illégal», résume Frigide Barjot à 20 minutes. Entre radicalisation et continuité, la Manif pour tous se scinde.

La vidéo pour appeler à occuper les Champs :

Depuis son divorce avec la pasionaria Barjot («Elle ne m’a même pas appelée, ce sont des amis qui m’ont prévenue que j’étais écartée»), Béatrice Bourges est au centre mouvement qui s’agrège autour du «Printemps français», assume d’être une de leur porte-parole. «Je les ai rencontrés, il y a quelques semaines. J’ai accepté de les accompagner et j’ai compris leur démarche. Ils me semblent qu’ils parlaient au nom de toute la France, que c’était moins parisien», déclare-t-elle sans révéler l’identité des fondateurs du site dont le nom de domaine a été déposé début mars, selon lemonde.fr. Des radicaux prêts à tout? «On aime bien mettre des gens dans des cases. Si je les avais trouvés extrémistes, je ne les aurais pas soutenus», lâche Béatrice Bourges qui a elle-même déposé le nom de domaine printempsfrançais.com «pour éviter qu’il soit récupéré par d’autres».

«Ils ont piqué nos méthodes de communication, notre charte graphique, mon image. Est-ce que ce sont des méthodes?», s'indigne de son côté Frigide Barjot qui réfuté le terme de scission et parle d'un «épiphénomène» qu'elle surveille pourtant d'un oeil attentif. Alors que le texte doit être examiné au Sénat la semaine prochaine, le mouvement de la Manif pour tous espère en effet encore faire basculer des sénateurs dans leur camp. Politiquement, ils estiment contre-productifs que le mouvement se radicalise et effraie ces notables. «C'est mon devoir de tenir à l'écart du mouvement des groupuscules. Mais si on a réussi à repousser Civitas, il n'y a pas de raison que l'on n'y arrive pas avec ceux qui veulent remplacer Civitas», estime Barjot.

«Nous allons faire reculer ce gouvernement glacial et pétrifié»

Extrémiste le «Printemps français»? Sur Internet, quand on remonte l’historique de l’expression, on tombe sur des tribunes de catholiques traditionalistes publiées par des blogs et des sites très radicaux sur les questions religieuses. Beaucoup de textes et de vidéos dénoncent la légitimité du pouvoir de François Hollande et la soumission des médias, dans la pure tradition factieuse. «Notre insurrection est la contre-révolution en acte d’un peuple de familles issu du christianisme français», explique ce texte écrit par Rémi Fontaine qui fait partie du comité de rédaction de Présent, une publication traditionaliste. Le mouvement catholique traditionnaliste Civitas semble d’ailleurs redouter d’être doublé sur son extrême droite et se revendique maintenant comme «le vrai printemps français».

Extrait du compte twitter du mouvement:

Jusqu’où sont-ils prêts à aller? Du sit in aux actions plus violentes, dans différents lieux comme jeudi soir devant France télévisions puis autour du Sénat lors de la lecture du texte, les radicaux sont en train de s’organiser.  Béatrice Bourges appelle de son côté à une «résistance pacifique» tout en assumant la radicalisation du mouvement. «Les manifestations ont été utiles à un moment. Mais le pouvoir ne nous écoute pas  Il faut passer à d’autres types d’actions. Ce n’est pas notre faute mais plutôt celle des forces de l’ordre qui sont rentrées dans le tas. Le fossé s’est creusé», détaille-t-elle. Comme un écho au communiqué du site Internet publié lundi, au lendemain de la manifestation. «Nous allons faire reculer ce gouvernement glacial et pétrifié», peut-on y lire.