Oise: Comment expliquer le si bon score du FN?

POLITIQUE «20 Minutes» s’est penché sur les résultats de la législative partielle dans la 2ème circonscription de l'Oise...

Maud Pierron

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Florence Italiani, la candidate FN dans la 2ème circonscription de l'Oise, à Noaille le 14 mars.
Florence Italiani, la candidate FN dans la 2ème circonscription de l'Oise, à Noaille le 14 mars. — P. VERDY / AFP

A 769 voix près, le FN pouvait obtenir un troisième député. Jean-François Mancel, le député UMP sortant, a sauvé son mandat de justesse en duel face à la FN Florence Italiani. Une surprise, tant la candidate FN a progressé en termes de voix entre les deux tours avec près de 6.000 suffrages supplémentaires, contre 3.000 pour le candidat UMP. Inventaire des raisons qui expliquent ce résultat.

Des facteurs locaux
Cette circonscription était «propice», d’après Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos, car «l’historique électoral local de cette circonscription montre qu’elle est à droite et que le FN y fait traditionnellement de bons scores».  La 2e circonscription de l’Oise est «typique de la zone périurbaine, pavillonnaire, avec de fortes craintes par rapport à la crise économique et à l’immigration, où le vote FN a considérablement augmenté ces dernières années», abonde Vincent Tiberj, chercheur au Cevipof et spécialiste des comportements électoraux. Le candidat UMP aussi était «propice»,  selon Brice Teinturier. L’UMP Jean-François Mancel a été exclu du RPR en 1998 pour avoir accepté et encouragé des désistements réciproques avec le FN lors des élections cantonales et régionales. Pas étonnant que les électeurs de gauche ne se soient pas précipités pour mettre un bulletin à son nom dans l’urne au second tour. Même si au niveau national, Harlem Désir a appelé au Front républicain, «le PS local ne s’est pas mobilisé», note Vincent Tiberj. «Cela montre qu’il y a une dynamique autour du FN et que le Front républicain se fait de moins en moins bien», souligne Brice Teinturier. 

Un contexte général
Pour expliquer le résultat du scrutin, on peut aussi citer les affaires. Entre le premier et le second tour, Jérôme Cahuzac a démissionné en raison de soupçons dans une affaire de fraude fiscale et Nicolas Sarkozy a été mis en examen pour abus de faiblesse. Des affaires qui nourrissent le «tous pourris», terreau classiquement favorable aux extrêmes. «Les affaires ont pu jouer, relativise Brice Teinturier, mais s’il ne s’agissait que de cela, ce serait un prurit temporaire et ça retomberait. Or, je ne pense pas que cela retombera.»

On peut également mentionner la radicalisation d’une partie de la société. «Il y a des facteurs locaux qui expliquent ce bon résultat mais des facteurs nationaux qui les accentuent, explique Brice Teinturier. Il y a deux éléments à prendre en compte: une évolution globale de la société qui tend au repli par rapport à l’Europe et à la mondialisation et à une hausse de l’islamophobie. Cette crispation identitaire est mesurée très précisément depuis 18 mois. Il y a aussi  la désextremisation du FN, sous l’effet de Marine Le Pen, qui a su recentrer son mouvement sur d’autres thématiques que l’immigration, des médias qui lui donnent la parole sur ces sujets, comme la sortie de l’euro, et d’une partie de l’opposition qui, en théorisant le «ni-ni», participe à la désextrémisation du FN». Vincent Tiberj parle lui «d’un contexte particulier, avec une période de polarisation extrêmement dure autour de l’immigration et des valeurs culturelles, comme on le voit avec le débat autour du mariage gay».

Quid des électeurs de gauche?
Immédiatement après les premiers résultats, des responsables de l’UMP ont mis en cause les électeurs socialistes qui auraient voté FN plutôt qu’UMP. Joël Gombin, doctorant en sciences politiques sur le vote FN, a utilisé un modèle statistique pour analyser les reports de voix et arrive au calcul que plus de 40% des électeurs PS se sont reportés sur la candidate FN. Une théorie balayée par le PS. «Il y a suffisamment de confusion sur l’échiquier politique pour que certains, individuellement, puissent voter PS puis FN. Mais on ne peut pas en tirer de grandes tendances comme je l’entends aujourd’hui et expliquer les scores de l’Oise en disant que les électeurs PS n’ont aucun mal à voter FN, c’est faux», s’agace David Assouline, l’un des porte-parole du PS. Pour lui, l’UMP devrait même «remercier le PS» car «si on n’avait pas appelé à voter UMP, si certains de nos électeurs ne s’étaient pas bouché le nez, Mancel aurait été battu». Une thèse qui n’a pas non plus les faveurs des deux autres experts interrogés par 20 Minutes. «On ne peut vraisemblablement pas parler de porosité de l’électorat entre le FN et le PS, on peut même dire le contraire: le vote FN et le vote de gauche sont antinomiques sur le plan des valeurs culturelles. On a plutôt des transferts UMP/FN», explique Vincent Tiberj.

Quels enseignements en tirer?
Vincent Tiberj estime qu’on ne peut tirer de «grands enseignements» de ce scrutin en raison des facteurs locaux et de la très forte abstention. «Quand il y a une si faible participation, un fort mouvement de mobilisation de quelques électeurs peut entraîner de forts changements sur les résultats». Finalement, entre juin et mars, le FN a gagné 2.000 voix, relève le chercheur. «C’est bien mais c’est tout. Le noyau dur de l’électorat frontiste s’est déplacé au premier tour et comme c’est apparu jouable, ça a entraîné une mobilisation au second tour». Là, Brice Teinturier n’est pas d’accord et il juge que dans l’optique des municipales, les deux grands partis peuvent «s’inquiéter». Tant pour le parti de gouvernement et des réponses à apporter aux Français sur les sujets «identitaires» que pour l’UMP car toute la stratégie de Jean-François Copé, de la «droite décomplexée» montre que cela ne fonctionne pas.