Mélenchon-Moscovici: Autopsie d'une fausse polémique

POLTIQUE Le PS, qui n’est pas revenu sur ses attaques, a assimilé des propos de Jean-Luc Mélenchon à des attaques antisémites. Problème: l'AFP n’avait pas reproduit les bons mots...

Matthieu Goar

— 

Harlem Désir, dimanche 28 octobre au congrès du PS à Toulouse. 
Harlem Désir, dimanche 28 octobre au congrès du PS à Toulouse.  — ERIC CABANIS / AFP

Les petites phrases continuent à fuser entre le Parti socialiste et Jean-Luc Mélenchon. Ce lundi matin, le PS a toujours des mots très durs envers l’ancien candidat à la présidentielle qui utiliserait des «thèmes et une rhétorique de l'extrême droite des années 30», selon Harlem Désir, premier secrétaire du PS. «Il ne sert à rien de courir derrière l'extrême droite dans son langage», a de son côté  estimé Manuel Valls, sur RTL.

Le PG attend des excuses

Au Parti de gauche, ce sont plutôt des excuses que l’on attend de la part des dirigeants socialistes. «Harlem Désir a également refusé de s’excuser après ses attaques contre Jean-Luc Mélenchon et moi-même accusés d’utiliser une rhétorique des années 30. Désir se réclame de Blum mais il est davantage l’héritier de Daladier qui justifiait déjà par des bobards sa soumission au gouvernement allemand», a écrit sur son blog François Delapierre, principal conseiller de Mélenchon outré par les attaques du PS. Les deux partis se déchirent depuis samedi soir.

Décryptage d’une fausse polémique

Tout est né d’un off, une conversation informelle entre Mélenchon et des journalistes présents au Congrès du PG, samedi soir. Dans une dépêche, l’AFP retranscrit ce moment de la conversation où l’ancien candidat, chauffé à blanc par l’actualité chypriote, s’en serait pris à Pierre Moscovici, «petit intelligent qui a fait l'ENA et qui ne pense pas français, qui pense finance internationale». Tout le PS passe à la contre-attaque et y voit une allusion antisémite digne «des années 30». A l’époque, de nombreux courants de pensée d’extrême-droite assimilaient les juifs à des capitalistes internationaux apatrides.

Depuis le PS accuse Mélenchon d’antisémitisme. Par exemple ce tweet de David Assouline, porte-parole du parti de la Rue de Solférino:

Une polémique à laquelle se sont mêlés des journalistes, ainsi  Jean-Michel Aphatie

Sauf que plusieurs journalistes reviennent très vite sur la phrase prononcée par Mélenchon. Ainsi Stéphane Alliès de Mediapart publie dès dimanche midi un billet de blog dans lequel il revient sur cette conversation où le co-président du Parti de gauche moque Moscovici «qui a signé tout ce qu'il a pu à Bruxelles. Les accords de la troïka, la nappe, et même la notice du rasoir de Barroso!». Vient ensuite la phrase polémique qui n’est plus du tout la même. «C'est un comportement irresponsable, de quelqu'un qui ne pense plus en français, mais dans la langue de la finance internationale.» Il ne s’agit plus d’une attaque sur l’identité mais sur la politique du ministre de l’économie. Le site Politis confirme cette version des faits en publiant l’enregistrement de la conversation. 

Si de nombreux journalistes se sont excusés d’avoir accusé Mélenchon d’antisémitisme, aucun dirigeant du PS n’a pour l’instant relativisé ses propos.