Jérôme Cahuzac, l'ex-chasseur de coût déterminé du gouvernement

PORTRAIT L'ex-ministre, qui a démissionné ce mardi, a gagné le respect des membres de l'opposition et a su devenir une pièce maitresse du gouvernement...

M.P. avec Reuters

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Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, le 28 septembre 2012 à Bercy
Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, le 28 septembre 2012 à Bercy — B. LANGLOIS / AFP

Voilà un ex ministre assez rare, très apprécié par l’opposition, sinon plus, parfois, que par sa majorité. «Solide», «travailleurs», «le plus compétent», sont les qualificatifs qui reviennent la plus dans la bouche des responsables UMP pour évoque Jérôme Cahuzac, qui a présenté sa démission ce mardi, alors qu’une information judiciaire a été ouverte ce mardi contre X, mais le visant, pour «blanchiment de fraude fiscale».

Celui qui a été proche de DSK et qui a rejoint l’équipe Hollande après l’affaire Sofitel incarnait au gouvernement la volonté de remettre en ordre les finances publiques. Elu du Lot-et-Garonne, là où l’affaire a commencé, Jérôme Cahuzac était naturellement destiné au portefeuille du Budget après s'être spécialisé lors de ses années au Parlement dans l'analyse en profondeur des comptes publics, à la tête de la Commission des Finances de l’Assemblée.

«Le méchant» du gouvernement

Depuis son arrivée au Budget en mai, cet ancien chirurgien chargé de procéder à l'ablation du déficit public français en cinq ans s'est attelé à sa tâche sans états d'âme. Alors qu’il manquait 6 milliards d’euros pour boucler le projet du budget 2014, il avertissait: «Tous les crédits sont potentiellement visés. Il n'y a pas de ministère intouchable! (…) Cela peut être douloureux, mais c'est nécessaire (...). Sans cet effort, notre pays perdrait le contrôle de ses finances. Il n'aurait plus les moyens d'investir pour sortir de la crise!».

Sa capacité, rarement prise en défaut, de dire «non» aux demandes de crédits de ses collègues lui a rapidement valu des frictions avec plusieurs d'entre eux, notamment Aurélie Filippetti (Culture) et Cécile Duflot (Logement). Son fort caractère et son ton parfois cassant ne le poussent pas naturellement à la diplomatie, au point que le quotidien Libération l'a baptisé en septembre «Le méchant du gouvernement».

Par ailleurs, la majorité lui était reconnaissant pour ses qualités de bretteurs à l’Assemblée nationale où, plus d’une fois, ce sportif pratiquant la boxe avait cloué le bec à l’opposition. A 60 ans, ce père de trois enfants fait très régulièrement du vélo, du tennis, du ski de fond et de la chasse sous-marine. Il a gravi l'été dernier les pentes du redoutable Mont Ventoux et a couru à deux reprises le marathon de New York.

Un boxeur à ses heures perdues

C'est avec cette même combattivité qu'il a fait face aux accusations lancées en décembre par Mediapart sur l'existence d'un compte bancaire à son nom dans une banque suisse, sur fond de divorce conflictuel avec sa femme. Niant tout en bloc, il déclarait encore le week-end dernier via son avocat qu'il ne se laissait pas «impressionner» par de nouvelles informations du site internet selon laquelle l'enquête a validé un enregistrement accréditant la thèse de l'existence de ce compte en Suisse.

Né à Talence, en Gironde, Jérôme Cahuzac a fait ses études à Paris. Devenu docteur en médecine, il a longtemps exercé avec son épouse, également médecin, dans une clinique spécialisée dans le cuir chevelu et l'implantation capillaire. Chef de clinique à la faculté de médecine, il fut conseiller technique de 1988 à 1991 auprès de Claude Evin, chargé des Affaires sociales des gouvernements de Michel Rocard, et jouera un rôle de premier plan dans la préparation de loi encadrant la publicité sur l'alcool et le tabac qui porte le nom du ministre.

Il fait ensuite partie de l'équipe de Lionel Jospin pour la présidentielle de 1995, où il s'occupe des problèmes de santé. En 1997, il est élu député en Lot-et-Garonne. Battu en 2002, il retrouve son siège en 2007. A l'Assemblée, il devient vite un des piliers de la commission des Finances et en février 2010, le groupe PS le désigne pour la présider en remplacement de Didier Migaud, nommé premier président de la Cour des comptes. Il avait fait polémique en avril 2011 quand, en visite dans un quartier difficile de sa ville, il avait calmé d'une «gauche» bien ajustée un jeune qui l'avait insulté. Une réaction qu’il avait jugé «adaptée» et «proportionnée». Combattif, encore.