Hollande à Dijon: Un début de rétropédalage sur le chômage?

POLITIQUE Pendant les deux jours à Dijon, François Hollande a répété à chacune de ses interventions que la lutte contre le chômage était la mère de toutes les batailles. Ses conseillers y croient encore mais au sujet de l’inversion de la courbe du chômage un changement de vocabulaire est perceptible...

Matthieu Goar

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François Hollande lors de son discours à Dijon, le 12 mars 2013.
François Hollande lors de son discours à Dijon, le 12 mars 2013. — Philippe Wojazer/REUTERS

De notre envoyé spécial à Dijon

Entre une déambulation, une visite d’entreprise, des discours sur le logement, la transition énergétique et même une question d’un élu sur la tuberculose bovine, le sujet est revenu à chacune de ses prises de parole. Comme une obsession, François Hollande n’a cessé de marteler le même message pendant deux jours à Dijon: la lutte contre le chômage est la mère de toutes les batailles de son quinquennat: «C'est le seul combat qui vaille. Oui c’est difficile. Si c’était simple, il n’y aurait qu’à laisser faire, qu’à rester les bras ballants», a-t-il déclaré lors de son discours aux forces vives de la Nation, promettant de mobiliser «tous les leviers de l’action publique».

Les Emplois d'avenir à l'honneur

Pour le moment, et malgré ses atermoiements du salon de l’agriculture, François Hollande n’a pas officiellement renoncé à son objectif d’inverser la courbe du chômage avant la fin de l’année. Un objectif décrit à Dijon comme un «mur d’escalade»: «On va grimper étape par étape et on va réussir à aller jusqu’au bout avec vous.» Pourtant, semaine après semaine, l’escalade de la Face Nord se complique. Les annonces de l’Insee de la semaine dernière (un taux d’inactif à 10,2% en France métropolitaine, 10,6% avec l’Outre-Mer) ont plombé le moral de l’entourage de Hollande.

Face à l’afflux de nouveaux chômeurs, l’Elysée avoue pour le moment être dans une situation d’urgence. «Là on est dans la première phrase, de prévention. Il faut d’abord tout faire pour que le chômage des jeunes cesse d’augmenter», explique un conseiller. Pour écoper le navire, l’Elysée met en avant les Contrats de génération dont la loi a été publiée au Journal officiel début mars, mais surtout les 100.000 Emplois d’avenir prévus d’ici à la fin 2013. Problème, seuls 7.000 à 8.000 contrats ont été signés. «Chaque mois, je ferai la vérification de la montée en charge de ce dispositif», a expliqué François Hollande.

Glissement sémantique à l'Elysée

Vues les perspectives de croissance (0,1% pour 2013), la promesse de l’inversion paraît de toute façon compromise. «Sans croissance, on ne créera pas d’emplois», lâche un proche. Et petit à petit, autour du président, le glissement sémantique devient sensible sur ce sujet. Dans la cellule économique, on espère atteindre un «plateau » à la fin de l’année, autrement dit aplatir la courbe. Et les conseillers politiques interprètent à leur façon l’engagement de campagne de Hollande répété lors de son interview de rentrée de 2012, au moment où les plans sociaux s’accumulaient. «Le président n’a jamais dit "On va y arriver" mais ‘On doit y arriver. Cela a un sens d’afficher une volonté», relativise un conseiller qui estime juste que le chef de l’Etat a promis de «Tout faire pour…».

Reste à savoir quand le rétropédalage deviendra officiel et s’il ne coûtera pas trop politiquement. «Les sondages sont de toute façon mécaniquement indexés à l’état d’esprit des Français et à l’état de l’économie et du chômage. Nous devons persévérer et endurer. Et ce n’est pas une position facile», conclut un proche.