Christiane Taubira remonte en flèche dans la cote d'amour de la majorité

POLITIQUE De sa nomination à l'ouverture des débats sur le mariage entre homosexuels, la ministre a acquis une nouvelle dimension...

Anne-Laëtitia Béraud

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Christiane Taubira à l'Assemblée nationale le 29 janvier 2013.
Christiane Taubira à l'Assemblée nationale le 29 janvier 2013. — Remy de la Mauviniere/AP/SIPA

Le débat sur le mariage pour tous a fait du bien à Christiane Taubira. Sa cote au sein du gouvernement et de la majorité a bondi en flèche, passant du tiédasse à la «standing ovation». Le tournant: sa présentation, mardi à la tribune de l’Assemblée et sous les huées de l’opposition, du projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples homosexuels. Elle renvoie dans les cordes le député UMP Henri Guaino, pourtant connu pour la qualité et l’efficacité de ses discours.

Attaquée le lendemain sur la circulaire qu’elle a signée -favorisant l’obtention de la nationalité française aux enfants nés de mère porteuse- la ministre ne déroge pas à son calme olympien, maniant le verbe pour mieux tacler la droite, sous le ravissement des députés de la majorité.

Accusée de laxisme puis soupçonnée d’autoritarisme

Mais tout n’a pas été si facile. A peine nommée ministre de la Justice, en mai 2012, Christiane Taubira concentre les critiques de la nouvelle opposition. Taxée d’incompétence, de laxisme, elle fait dire au député UMP Jean-Paul Garraud, qui la cible, que «la composition» du gouvernement lui donne «mal à la France».

Le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, fait alors de Christiane Taubira la cible à abattre, faisant d’elle un symbole de la lutte contre la gauche. «Quand on vote FN, on a la gauche qui passe» et «on a Taubira», lance-t-il alors. Le Front national, de son côté, accuse la ministre de porter une «fascination pour le délinquant et le criminel».

Solide dans l'hémicycle

Les premiers mois à la Chancellerie sont loin d’être une sinécure. On découvre la ministre poétesse avant que ses relations ombrageuses avec sa ministre déléguée Delphine Batho mènent au départ de cette dernière vers l’Ecologie. On la soupçonne autoritaire et ne sachant déléguer, Delphine Batho se plaignant alors de n’être «tenue au courant de rien (…) Je me demande pourquoi j'ai été nommée», rapporte Le Canard enchaîné.

Soupçon d’autoritarisme encore, en septembre 2012. Une «fuite» d’une circulaire se répand dans la presse, et la ministre demande que les ordinateurs de 18 magistrats de la Direction des affaires criminelles et des grâces soient vérifiés par le service informatique pour dénicher la taupe… information qui sort également dans la presse, ce qui entache le lancement de la nouvelle politique pénale du gouvernement, qu’elle pilote. Le mois suivant, en Corse, elle se fait voler la vedette par le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, alors qu’ils sont ensemble dans l’île pour présenter un plan contre la violence. 

Mais avec le projet de loi ouvrant le mariage aux couples homosexuels, Christiane Taubira sent le vent tourner. La garde des Sceaux multiplie, avant l’ouverture du débat, les remarques sur la fierté qu’elle a de défendre ce texte, qui, selon elle, vise à l’égalité des citoyens et la sécurité juridique des enfants. Solide sur son projet, elle encaisse les coups depuis l’ouverture des débats dans l’hémicycle. L’état de grâce sera peut-être terminé le lendemain. 

>> Le diaporama des grandes gueules de l'Assemblée lors du débat sur le «mariage pour tous», c'est à voir par ici