Le dilemme d'Arnaud Montebourg

POLITIQUE Rentrer dans le rang pour éventuellement apparaître comme un premier ministrable mais en risquant de perdre ce qui fait sa particularité ou rester un trublion, le ministre du Redressement productif semble avoir choisi...

Maud Pierron

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Arnaud Montebourg à Lille, le 14 novembre 2012.
Arnaud Montebourg à Lille, le 14 novembre 2012. — BAZIZ CHIBANE/SIPA

Un mea culpa sur le dossier PSA, une concession sur la forme pour ses propos sur Mittal et une volonté de jouer «collectif» affirmée sobrement mais fortement. Pas de doute, dans «Des Paroles et des actes», jeudi soir, Arnaud Montebourg a donné à voir le nouveau Montebourg cuvée 2013 annoncé un peu partout (ici, ou ). «C’est un ministre qui va au front en permanence. Et au front, on apprend et on se bonifie», explique l’un des proches du ministre, Thierry Mandon.

Plus calme, le verbe un peu moins haut, pour éventuellement faire fructifier sa nouvelle popularité en pensant à l’avenir, qui passera peut-être par la case Matignon. Un lissage sur la forme pour apparaître comme le bon candidat au moment opportun s’il arrive. Un changement qui a déçu un de ses proches. «Sur France 2, j’ai trouvé qu’il avait vieilli d’un coup, perdu sa pêche. Il subit d’énormes pressions du milieu parisien, on lui demande de rentrer dans le rang, d’être un peu original mais de rester dans les clous. Mais quand on croit à son destin, il ne faut pas se regarder dans les yeux du milieu parisien», se désole ce député.

«A gommer ses différences, il va se banaliser»

Thierry Mandon, député de l’Essonne, réfute toute stratégie d’image ou de communication du ministre. «Son évolution sur la forme ne s’accompagne d’aucune concession sur le fond. Tout en étant plus réfléchi, plus maîtrisé, il n’en est pas moins drôle et combatif». Par exemple, sur le dossier Renault, Arnaud Montebourg dit: «Il n’est pas absurde de demander à Monsieur Ghosn de faire un effort sur ses propres émoluments, puisque des demandes sont formulées à l’égard des autres salariés». Il y a quelques mois, le MRP aurait très probablement employé une saillie plus directe. De même, il a de nouveau défendu la nationalisation temporaire, ajoutant toutefois qu’il s’agissait «d’un outil parmi d’autres».

«Rentrer dans le rang» est «une erreur stratégique», d’après un proche de Montebourg, car s’il est aujourd’hui le deuxième ministre le plus populaire, derrière Manuel Valls, c’est grâce à son style flamboyant et son caractère impétueux qu’il s’échine aujourd’hui à dompter, comme sa coiffure, sur le plateau de France 2. «Les Français aiment sa verve, son volontarisme, sa capacité d’être sur l’arête, de dire ce qui blesse les gens: il est l’un des seuls à faire bouger les choses». Et d’appuyer encore: «A gommer ses différences, il va se banaliser. Ça ne sert à rien de se mettre dans la roue de Michel Sapin. Si c’est pour viser Matignon, on trouvera plus technique, plus compétent que lui», dit encore cet admirateur du ministre qui peste contre tous ceux qui ont «un bon conseil» pour le ministre. «Chacun voit son leader en fonction de son propre intérêt», tance-t-il.

«Le risque du ministère de la parole»

Interrogé sur le sujet sur le plateau de France 2, Arnaud Montebourg a assuré vouloir rester cinq ans en poste. «C’est l’objectif, il veut être jugé sur ses actes», confirme Thierry Mandon, député de l’Essonne. Objectif Matignon ou un quinquennat au ministère du Redressement productif, en tout cas, Arnaud Montebourg «fait partie des personnalités politiques incontournables et il n’y en a pas tant que ça», assure Frédéric Dabi, directeur général adjoint d’Ifop. Les primaires et l’épisode Florange l’ont propulsé au niveau de la notoriété. «Avec Florange, il a été perçu comme une victime d’Ayrault et Hollande et sa proposition de nationalisation a énormément plu car cela mettait en conformité la politique du gouvernement et le discours du Bourget», analyse le sondeur.

Est-ce que ce Montebourg maîtrisé pourrait nuire au Montebourg flamboyant qui a eu les faveurs des sondages? Logiquement, non, selon Frédéric Dabi. «Qu’il la joue plus collectif n’est pas antinomique avec son cœur d’image. Son cœur d’image, c’est de se battre, d’être sur tous les fronts», explique-t-il. «Le risque pour Arnaud Montebourg, c’est que son activisme ne se traduise pas sur le terrain, qu’il soit rattrapé par la réalité économique, ce qui le transformerait en ministère de la parole».

Le député proche de Montebourg, qui dira ce qu’il pense au ministre, espère en tout cas que le Montebourg maîtrisé «est un mauvais passage, la digestion de la période post-Florange avec Ayrault». Et d’insister: «Je l’espère pour lui. Sinon il ne sera qu’une voiture parmi d’autre sur le grand parking du gouvernement».