Cahuzac peut-il rester au gouvernement?

Isabelle Raynaud

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Le ministre du Budget Jérôme Cahuzac, lors de sa sortie du conseil des ministres à l'Elysée, le 5 décembre 2012.
Le ministre du Budget Jérôme Cahuzac, lors de sa sortie du conseil des ministres à l'Elysée, le 5 décembre 2012. — Thibault Camus/AP/SIPA

Une enquête préliminaire pour blanchiment de fraude fiscale a été ouverte mardi par le parquet de Paris afin de vérifier si Jérôme Cahuzac a détenu un compte en Suisse, fragilisant le ministre délégué au Budget, qui a toujours nié les accusations lancées par Mediapart.

Le ministre a assuré mardi dans un communiqué accueillir l'ouverture de cette enquête «avec satisfaction». «Cette démarche permettra, comme il l'a toujours affirmé, de démontrer sa complète innocence des accusations absurdes dont il fait l'objet.» Soutenu par Matignon et l’Elysée, le ministre du Budget ne prévoit pas, semble-t-il, de démissionner de ses fonctions.

Pas de règle précise pour les ministres mis en accusation

Ce n’est pas la première fois qu’un ministre se trouve ainsi confronté à la justice. Dans un passé récent, on se souvient notamment d’Eric Woerth, englué dans l’affaire Bettencourt pendant plusieurs mois, ou encore de Georges Tron, accusé de «harcèlement sexuel».

Les deux hommes ont géré différemment leur affaire. Alors que ce dernier a choisi de démissionner quatre jours après la révélation des plaintes, Eric Woerth est, lui, resté à son poste. Il n’a quitté le gouvernement qu’à l’occasion d’un remaniement.

Dans les années 90, la «jurisprudence Balladur» imposait moralement aux ministres de démissionner dès qu’ils étaient impliqués dans une affaire judiciaire. «C’était une règle officieuse qui venait en contrepoint d’affaires concernant des ministres de Mitterrand. Une époque où l’on reprochait au pouvoir de freiner les affaires, le Rainbow Warrior par exemple», explique à 20 Minutes Jean Garrigues, professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Orléans.

«Aujourd’hui, on est dans une phase de repli. Il y a une tentation des politiques de passer outre les accusations tant qu’aucune preuve n’est établie contre eux», ajoute le chercheur.

Pas de mouvement anti-Cahuzac dans l’opinion

En outre, les Français ne réclament pas, en tout cas pour le moment, la démission du ministre du Budget. Selon Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion à Harris Interactive, «on ne constate pas de chute particulière dans l’appréciation de Jérôme Cahuzac. Il y a une baisse tendancielle de l’appréciation des ministres, mais pas de rupture spécifique concernant Cahuzac.»

Le fait que le ministre soir peu connu des Français est un autre facteur qui explique le peu d’intérêt de l’opinion sur l’affaire. Une affaire qui reste floue pour beaucoup. «Ce n’est pas un gros sujet de conversation pour les Français. Dans le cas Woerth, l’affaire était entendue pour les Français, il y avait assez d’éléments concordants à leurs yeux. Concernant Jérôme Cahuzac, l’opinion s’interroge, il n’y a pas d’éléments probants qui ressortent», déclare Jean-Daniel Lévy.

Le scénario «à la Woerth» pas totalement exclu

Le sondeur reste cependant prudent sur l’avenir. Dans l’affaire Woerth, le sentiment négatif des Français s’était développé au fil des révélations de l’affaire Bettencourt.

Selon Jean Garrigues, Jérôme Cahuzac pourrait passer sous les mêmes fourches caudines que l’ancien ministre du Budget. «Woerth a fait face à un double préjudice lors de l’affaire Bettencourt. D’abord un préjudice moral car en période de crise économique, les personnes sont beaucoup plus sensibles aux problèmes d’argent. Il y a eu une sanction morale sur l’élite politique, trop liée avec l’argent. Le deuxième préjudice était politique: la crédibilité d’Eric Woerth a été totalement écornée

«Ce sera peut-être même plus grave pour Cahuzac car ce qui lui est reproché est dans le même champ que les dossiers qu’il traite en tant que ministre du Budget.» La lutte contre la fraude fiscale, prérogative du ministre du Budget, pourrait ainsi être difficile pour Jérôme Cahuzac s’il fait lui-même l’objet d’une enquête pour un compte en Suisse.