A quoi servent (encore) les cérémonies des vœux présidentiels?

Maud Pierron

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François Hollande lors de ses voeux, le 31 décembre 2012, à l'Elysée, à Paris.
François Hollande lors de ses voeux, le 31 décembre 2012, à l'Elysée, à Paris. — FRANCE 2 / AFP

Douze cérémonies de vœux pour François Hollande, qui l’emmèneront jusqu’au 23 janvier et seront délocalisés parfois à Grenoble, Marseille et Orléans. Un passage obligé pour un chef de l’Etat qui peut paraître redondant et dont on peine, parfois, à voir l’utilité réelle, d’autant que François Hollande s’était montré favorable à un allégement du protocole élyséen.

Une tradition qui s’est renforcée avec le renforcement de la fonction présidentielle

D’autant que l’organisation de ces cérémonies coûte cher et que les dépenses, notamment l’an dernier, ont fait polémique: 6,4 millions d’euros pour onze cérémonies, selon Le Canard enchaîné. Mais «un Etat a besoin de rituels, de symboles et de cérémonial pour se prolonger, explique Jean Garrigues, historien spécialiste de l’histoire politique de l’université d’Orléans. Les polémiques sur le coût des rituels et des symboles étatiques sont récurrentes mais il y a un coût pour maintenir le prestige de l’Etat-Nation.»

Dans le rituel républicain, à quoi servent ces vœux adressés aux différents corps de la Nation? «Ils sont la marque du lien entre le chef de l’Etat et l’Etat, l’affirmation de la cohésion de l’Etat derrière celui qui l’incarne», ajoute l’historien. C’est pourquoi, d’ailleurs, cette tradition, si elle existait déjà sous la IVe République, s’est renforcée sous la Ve République, avec le renforcement de la fonction présidentielle. C’est pourquoi, également, les présidents s’adressaient à l’origine aux «piliers de l’Etat», comme le corps préfectoral, l’armée et la diplomatie, note Jean Garrigues.

«Un tremplin idéal» pour la nouvelle stratégie de communication

Mais désormais, le chef de l’Etat adresse ses vœux à la presse, au monde de l’Education, aux autorités religieuses, etc. L’audience s’est élargie à mesure que le nombre de cérémonies a enflé. «On est passé d’un discours qui avait vocation à marquer la cohérence de l’Etat à un discours qui s’adresse également à la société civile, avec laquelle il est désormais nécessaire d’instaurer un dialogue permanent.» A partir des années 70 et de Valéry Giscard d’Estaing, les vœux se sont donc adaptés à l’évolution de la société, plaide Jean Garrigues.

Dernière nouveauté en date instaurée par Nicolas Sarkozy: des vœux délocalisés. Car si ces vœux sont bien ceux du «chef de l’Etat, celui qui conduit l’appareil d’Etat», ce sont aussi ceux «du président de tous les Français, celui qui écoute et qui guide», rappelle l’historien. Evidemment, pour François Hollande, il s’agit de mettre en œuvre sa nouvelle stratégie de communication: faire (vraiment) savoir ce qu’il fait et montrer qu’il agit pour les Français. Au niveau du timing, «c’est un tremplin idéal» pour cette nouvelle stratégie. «En raison du contexte, de son impopularité et des accusations d’immobilisme, cette tournée des vœux lui permet de se remettre au cœur du jeu politique», dit-il.