Négociation emploi: Le ton monte avant la réunion de la dernière chance cette semaine

avec AFP

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C'est le rendez-vous de la dernière chance: patronat et syndicats, qui affichent leur pessimisme, se retrouvent jeudi et vendredi pour tenter d'arracher un compromis sur la "sécurisation de l'emploi", tant souhaité par François Hollande.
C'est le rendez-vous de la dernière chance: patronat et syndicats, qui affichent leur pessimisme, se retrouvent jeudi et vendredi pour tenter d'arracher un compromis sur la "sécurisation de l'emploi", tant souhaité par François Hollande. — Pierre Verdy afp.com

C'est le rendez-vous de la dernière chance: patronat et syndicats, qui affichent leur pessimisme, se retrouvent jeudi et vendredi pour tenter d'arracher un compromis sur la «sécurisation de l'emploi», tant souhaité par François Hollande. Depuis le coup d'envoi des discussions, le 4 octobre, syndicats (CDFT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC) et patronat (Medef, CGPME, UPA) constatent leurs désaccords sur cette réforme cruciale visant à fluidifier le marché du travail, en offrant plus de souplesse aux entreprises et plus de protection aux salariés.

L'exécutif, qui n'espère plus de compromis «historique» depuis leur échec à s'entendre avant fin 2012, voit dans cette réforme un élément primordial de la lutte contre le chômage, qui touche 3,13 millions de Français. Alors que chaque partie attend un «pas» du camp adverse et que les tractations s'accélèrent, un gouffre continue de les séparer.

Parisot «très pessimiste»

Selon une source proche des négociations, le nouveau projet patronal comporte quelques modifications à la marge et exclut toujours la principale revendication syndicale: la taxation des contrats courts, qui figure dans la feuille de route du gouvernement. Pour pousser le Medef à «lâcher» sur ce point jugé essentiel, le gouvernement a, selon cette même source, menacé d'exclure les contrats courts de l'assiette de calcul du crédit d'impôt compétitivité (CICE).

Excédée par cette «ingérence», la patronne des patrons, Laurence Parisot, qui croyait jusqu'ici à un accord, a fait volte-face lundi, se déclarant «très pessimiste» en raison «de nombreux points durs» et d'«une surenchère inacceptable». «On n'est pas dans une logique de menace mais dans une logique de confiance», se défend-on au ministère du Travail, où «on reste confiant».

«L'enjeu est de démontrer la capacité du dialogue social à être un outil de transformation, tout le monde joue gros», estime-t-on.

CGT et FO dans la rue contre le Medef

Les organisations d'employeurs, qui «ne peuvent assumer un échec, au risque d'être affaiblies pendant le reste du quinquennat», selon un représentant patronal, pourraient consentir in fine à taxer les seuls CDD liés à un surcroît d'activité, pas les contrats de remplacement, les saisonniers, l'intérim.

Un geste qui pourrait satisfaire certains syndicats. Mais d'autres points durs demeurent, notamment la «déjudiciarisation» des procédures de licenciement. La CFTC et la CFE-CGC, qui fustigent le «repli dogmatique» du Medef, jugent toujours ce volet inacceptable. Pour les syndicats, la balle est «dans le camp du patronat».

Laurent Berger (CFDT) l'a répété vendredi: «s"il ne bouge pas, il n'y aura pas d'accord».

«Ni l'allié, ni l'ami du gouvernement»

La position du nouveau chef de la centrale réformiste est délicate: s'il revendique de n'être «ni l'allié, ni l'ami du gouvernement», la réussite du dialogue social reste son cheval de bataille. Ses exigences sont claires: la réduction des temps partiels subis, une complémentaire santé pour tous, des droits rechargeables à l'assurance-chômage et une taxe pour limiter les contrats courts.

A l'opposé, la CGT et FO ne voient pas d'inconvénient à laisser la main au gouvernement et au législateur en cas d'échec. Bernard Thibault, dont l'organisation, rejointe par FO, appelle à manifester jeudi devant le siège du Medef, s'est fixé comme «première mission» pour 2013 «de s'opposer aux velléités du Medef de déréglementer encore un peu plus le code du travail».

La signature de Force ouvrière, longtemps attentiste, semble elle aussi s'éloigner. Pour Jean-Claude Mailly, qui se dit «pas du tout optimiste», un accord tiendrait du «miracle». Pour être entériné, ce dernier ne doit pas rencontrer l'opposition de plus de deux des cinq organisations syndicales.

En cas d'échec, François Hollande se dit prêt à «assumer» seul une réforme ambitieuse.