UMP: «La nouvelle élection ne sera pas nécessairement un match retour entre Copé et Fillon»

Propos recueillis par Isabelle Raynaud

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François Fillon et Jean-François Copé sur le plateau de «Des paroles et des actes», le 25 octobre 2012.
François Fillon et Jean-François Copé sur le plateau de «Des paroles et des actes», le 25 octobre 2012. — MIGUEL MEDINA / AFP

L’UMP est-elle fortement affaiblie par le conflit?

Deux éléments  permettent de dire au contraire que l’UMP est dans une dynamique politique positive. D’une part l’accord trouvé mardi sur la date et les dispositions du nouveau vote pour les militants. D’autre part la victoire lors des législatives partielles le dimanche 16 décembre. L’UMP a même pris un siège à la gauche. Le parti est dans de bonnes dispositions. D’autant plus que l’élection a lieu en septembre 2013, pas en mars comme demandé par François Fillon. Les candidats à la présidence du parti ne vont donc pas partir immédiatement en campagne. Les choses vont se tasser jusqu’au printemps, début de l’été.

L’UMP va-t-elle désormais jouer son rôle d’opposition au gouvernement ou continuer à se regarder le nombril?

Vraisemblablement, on repart sur de nouvelles bases en 2013. Les critiques formulées devraient être plus dirigées contre la politique gouvernementale que contre le camp adverse. Beaucoup au sein de la direction de l’UMP sont fatigués des querelles. Henri Guaino l’a dit ce mardi matin sur France Info. Quant aux militants, ils sont très loin de ces querelles de barons.

Mais le conflit ne va-t-il pas reprendre dans quelques mois?

La nouvelle élection ne sera pas nécessairement un match retour entre François Fillon et Jean-François Copé. Un troisième homme, parmi les quadras du parti, pourrait tirer les marrons du feu. C’est peut-être l’occasion de faire place nette. Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire ou François Baroin pourraient être cette alternative mais, pour le moment, aucun ne s’est imposé comme recours.

Copé et Fillon ne se sont-ils pas discrédités auprès des militants et sympathisants?

Il faut être très très prudent! On a une mémoire de poisson rouge en politique! Regardez Martine Aubry en 2008, après le Congrès de Reims, elle était très critiquée. Elle est pourtant allée jusqu’au second tour de la primaire socialiste, on parlait même d’elle comme Premier ministre. Les points de vue sur Jean-François Copé et François Fillon pourraient bouger. Copé a une très mauvaise image d’ambitieux à l’extrême, confortée par ce qui vient de se passer à l’UMP. Les gens qui ne l’aimaient pas le détestent encore plus mais les autres l’apprécient encore plus. Fillon, présenté comme trop discret, placide, deviendra s’il gagne celui qui a de la poigne, qui ne s’est pas laissé faire.

Mais pour l’élection de septembre, n’est-ce pas trop court? François Fillon a d’ailleurs déclaré qu’il n’était pas sûr de se représenter.

Les deux hommes vont tirer les enseignements de l’élection passée. François Fillon n’a peut-être pas envie de revivre une campagne très dure. Il risque en plus de perdre une deuxième fois. Ses chances pour les primaires seraient alors réduites. Politiquement, il pourrait se garder pour le vrai combat, la primaire de 2016. Les «lieutenants» Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez pourraient alors jouer un rôle en septembre.

Les vrais vainqueurs ne sont-ils pas finalement le FN et l’UDI?

Clairement oui. Mais le scrutin de 2013 sera très important. Une contestation identique serait catastrophique pour l’UMP, mais personne ne veut revire ça. Et les municipales, en mars 2014, vont calmer les ambitions. Il faudra être prêt pour cette échéance.

Mais la ligne politique qui ressortira jouera énormément. Si le courant Droite forte, les jeunes sarkozystes, arrive en tête comme en novembre et que Copé reste à la tête du parti, la ligne droitière pourrait pousser certains à regarder vers Jean-Louis Borloo. Au contraire, si François Fillon prend la direction du parti, les éléments les plus droitiers pourraient se tourner vers le Front national. Le risque évident n’est pas la scission de l’UMP mais de voir les sympathisants aller voir ailleurs.