UMP: Le pourrissement de la situation peut-il durer?

POLITIQUE Le statu quo pourrait durer des semaines, à moins que la base ne se révolte...

Anne-Laëtitia Béraud
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Jean-François Copé, Alain Juppé et François Fillon (de gauche à droite) à Bordeaux, le 3 mai 2012.
Jean-François Copé, Alain Juppé et François Fillon (de gauche à droite) à Bordeaux, le 3 mai 2012. — JEAN-PIERRE MULLER/AFP

Quatre semaines après l’élection du président de l’UMP, le 18 novembre, l’imbroglio continue au parti de droite. D’un côté, l’ancien Premier ministre François Fillon, qui conteste la victoire à Jean-François Copé, a créé un groupe parlementaire UMP dissident (R-UMP) et appelle à un nouveau vote des adhérents à la tête du parti. De l’autre, le président contesté Jean-François Copé, qui joue la montre, veut bien débloquer la situation, mais pas avant 2013. Le résultat: une opposition divisée, un parti bloqué dans son organisation, la crédibilité des deux responsables sanctionnée, des adhérents déboussolés. La stratégie de pourrissement à l’œuvre à l’UMP peut-elle continuer des mois? Le parti peut-il s’en relever?

-Oui, le statu quo peut durer…

Les blocages systématiques. Les différentes propositions lancées par un camp sont retoquées par l’autre et vice versa. Les exemples sur une médiation, une direction collégiale ou un nouveau vote des adhérents pour la présidence de l’UMP – voulu «avant Pâques» (proposition Balladur), ou «avant l’été» (proposition Fillon, Accoyer et Baroin) – finissent systématiquement à la poubelle.

Occuper le terrain et jouer la montre. Chacun des deux anciens candidats désormais ennemis sait que s’il cède un pouce dans cette bataille interne, son avenir politique est à la fois immédiatement et durablement pénalisé. La perspective d’être un acteur majeur à droite pour l’élection présidentielle de 2017 semble pour les deux hommes une réalité de plus en plus lointaine.

La scission gravée dans le marbre. L’existence des deux groupes UMP et R-UMP a été actée à l’Assemblée, la situation peut ainsi continuer… avec le risque que cette «coexistence entre les deux groupes ne serait pas longtemps pacifique, à terme elle conduirait à l'éclatement de l'UMP et à la constitution de deux partis rivaux», comme l’explique l’ancien Premier ministre Edouard Balladur dans un entretien au Figaro paru ce jeudi.

Nicolas Sarkozy plus écouté. Malgré l’ascendant de l’ancien chef d’Etat au sein de sa famille politique, ses tentatives de négociation et sa proposition de référendum ont été inefficaces, rejetées par ses anciens fidèles. Avec un Nicolas Sarkozy devenu impuissant -en coulisses-, la crise risque d’être longue à l’UMP.

Les poursuites judiciaires. Au civil et au pénal, si elles sont engagées ou se poursuivent, elles vont durer des mois, voire des années, laissant la situation en l’état. Un scénario que redoute Jean-François Copé mais surtout François Fillon.

-Les éléments pour une résolution «rapide»…

L’exaspération des militants et des élus. Du militant de terrain aux anciens Premiers ministres Edouard Balladur et Alain Juppé, que ce soit dans les camps pro-Copé ou pro-Fillon ou autres «non-alignés», tous déplorent une situation inadmissible, voire «intenable», selon François Baroin ce jeudi. La sortie de crise passera-t-elle par la révolte de la base, par ailleurs divisée? Ou encore par le vote de parlementaires, mardi prochain? La question reste entière, mais l’exaspération peut conduire à un changement de situation.

L’isolement progressif de Jean-François Copé et de François Fillon. Après quatre semaines de crise, les deux personnalités, qui sont lourdement pénalisées dans différents sondages, risquent de s’enfoncer dans les affres de l’impopularité. Cela gâcherait leurs ambitions politiques, et leur perspective d’exister pour la présidentielle de 2017. En résumé, le scénario cauchemar pour les deux aspirants à la tête de l’opposition.