Sondages de l'Elysée: Patrick Buisson porte plainte contre Christiane Taubira pour «prise illégale d'intérêt»

POLITIQUE L'ex-conseiller de Sarkozy l'accuse d'être toujours membre d'une association qui le poursuit...

E.O., avec agences

— 

Patrick Buisson, en juin 2009.
Patrick Buisson, en juin 2009. — IAFRATE PATRICK/SIPA

Patrick Buisson, visé indirectement dans l'affaire des sondages commandés par l'Elysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy,  porte plainte devant le procureur de la République pour «prise illégale d'intérêt» contre la ministre de la Justice Christiane Taubira, rapporte Le Figaro ce mardi.

L'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy accuse la garde des Sceaux d'être «partie prenante d'une opération qui vise à instrumentaliser l'autorité judiciaire à des fins exclusivement partisanes», rapporte le quotidien. Selon Patrick Buisson, Christiane Taubira serait toujours membre du comité de parrainage d'Anticor, l'association anticorruption qui a porté plainte pour détournement de fonds publics et favoritisme dans l'affaire des sondages de l'Elysée.

«Des ragots», selon Taubira

«Elle a menti quand elle a dit qu'elle n'était plus encore membre de l'association [Anticor]. (...) Nous apporterons la preuve de ce mensonge», a-t-il expliqué sur Europe 1. «Nous sommes devant un scandale sans précédent (...) dans l'histoire de la justice française», a-t-il encore attaqué.

Interrogée à ce sujet lors des questions au gouvernement par un député UMP, Christiane Taubira a lancé à l'Assemblée nationale: «Vous ne devriez pas abuser ainsi de votre immunité parlementaire pour colporter des ragots que vous seriez bien en pein de démontrer». Les parlementaires d'opposition ont copieusement hué la ministre de la Justice et ont, pour certains, quitté l'hémicycle.

Elle n'a «jamais eu la moindre influence sur l'association», assure Anticor

Sur le site internet de l'association, le nom de la ministre figure bien parmi les membres de son comité de parrainage. Christiane Taubira est effectivement «membre du comité de parrainage d'Anticor» mais «n'a jamais été membre de l'association», a indiqué à l'AFP Pierre Rancé, porte-parole du ministère de la justice. «Elle ne prend aucune décision, n'a aucune influence sur son fonctionnement», a-t-il souligné, affirmant qu'elle ne pouvait «en aucun cas être juge et partie» dans cette affaire.

«Christiane Taubira nous a apporté ce soutien symbolique à nos débuts», indique Anticor sur son site, à propos de la présence de la garde des Sceaux dans son comité de parrainage. «C’est tout à son honneur et nous l’en remercions. Cependant, elle n’a jamais été elle-même adhérente de notre association». L'association précise que Christiane Taubira «n’a jamais plus participé à une seule manifestation ou réunion d’Anticor» depuis janvier 2007, et qu'«en tout état de cause, Christiane Taubira n’a jamais eu la moindre influence sur (l')association et sur ses décisions».

Enquête préliminaire

Anticor estime que les sondages n'avaient, pour beaucoup, pas d'intérêt public, et souligne que les bénéficiaires essentiels des commandes étaient des sociétés dirigées par deux conseillers et amis de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson (trois millions d'euros) et Pierre Giacometti (2,5 millions d'euros).

Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire de police à la suite d'une plainte pour détournement de fonds publics visant des sondages d'opinion commandés par l'Elysée sous sa présidence pour un total de 9,4 millions d'euros. Une première information judiciaire sur ces faits pour «favoritisme», acceptée d'abord par un juge d'instruction, puis invalidée par un arrêt de la cour d'appel de Paris en 2011, pourrait par ailleurs être relancée par la Cour de cassation, dans un autre arrêt annoncé le 19 décembre.