Procès de «La Frondeuse»: François Hollande et Manuel Valls volent au secours de Valérie Trierweiler, la droite tance le président

JUSTICE Le chef de l'Etat et le ministre de l’Intérieur ont écrit à toutes les parties, s'attirant des critiques de l'opposition sur un «mélange des genres»...

M.P.

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Manuel Valls, Valérie Trierweiler et François Hollande le 22 novembre 2011 à Cluny.
Manuel Valls, Valérie Trierweiler et François Hollande le 22 novembre 2011 à Cluny. — J. DEMARTHON / AFP

C’est un renfort de poids pour Valérie Trierweiler et une nouvelle polémique pour l'Elysée. La Première dame, qui a attaqué pour «diffamation et atteinte à la vie privée» les deux journalistes auteurs du livre La Frondeuse, a reçu deux soutiens de poids: celui de son compagnon de chef d’Etat, François Hollande, et celui de Manuel Valls, révèle RTL ce lundi matin.

L’affaire était jugée ce lundi au Tribunal de grande instance de Paris et toutes les parties ont reçu deux courriers, l’un émanant de François Hollande, l’autre de Manuel Valls. Dans celui signé par le chef de l’Etat, sur un papier vierge où il se domicilie dans le 15e arrondissement de Paris, Hollande écrit que certains passages de ce livre ne sont que «pure affabulation» notamment en ce qui concerne une «prétendue lettre» qu’il aurait écrite, dans laquelle il sollicitait Patrick Devedjian pour rencontrer Edouard Balladur. «L’affabulation ne peut être un procédé dans un essai politique, sauf à être présenté comme un roman», conclut François Hollande dans ce court texte manuscrit.

«Une erreur»?

Manuel Valls, qui a tissé des liens d’amitié avec Valérie Trierweiler lors de la dernière campagne, a lui aussi écrit en faveur de la Première dame. Sur un papier à en-tête du ministère de l’Intérieur, cette fois. Pour confirmer avoir reçu un des auteurs de La Frondeuse mais surtout dénoncer «des propos approximatifs, partiels, sortis de leur contexte».

De la part de François Hollande, c'est «une erreur» d’après Alba Ventura, l’éditorialiste de RTL, surtout lorsque l’on se souvient comment François Hollande le premier secrétaire du PS critiquait Nicolas Sarkozy, le président de la République, lorsqu’il était impliqué dans l’affaire Clearstream. Surtout quand, en mai dernier, dans sa fameuse tirade «Moi Président», le socialiste assurait: «Moi président, je ferais fonctionner la justice de manière indépendante», rappelle l’éditorialiste pour qui ce courrier constitue une «pression» sur les juges.

C'est l'argument évoqué par la défense. «Si on voulait impressionner votre tribunal en faisant intervenir les plus hautes autorités de l'Etat, on ne s'y serait pas pris autrement», a lancé à l'audience Me Olivier Pardo, avocat de l'éditeur de La Frondeuse, qui a eu connaissance de ces lettres dimanche. «La séparation des pouvoirs a été violée», s'était-il emporté devant la presse avant l'ouverture des débats, qui ont été totalement dépassés par la controverse créée par ces lettres. Par ailleurs l'avocat a assuré pouvoir «produire l'intégralité de l'enregistrement du verbatim de Manuel Valls» afin de prouver que les propos rapportés ont bien été tenus.

Le fond n'a d'ailleurs pas été abordé et le tribunal a fixé au 28 janvier sa décision sur des questions de procédure soulevées par la défense, qui a demandé l'annulation de l'assignation des auteurs du livre.

«Mélange des genres» et «confusion des pouvoirs»

L'UMP s'est évidemment emparée de l'affaire pour critiquer le chef de l'Etat. «Ainsi contrevenant à toutes les règles de la séparation des pouvoirs et de la morale républicaine monsieur Hollande fait ainsi pression sur un juge en arguant de sa vie privée», tacle l’UMP Valérie Debord dans un communiqué qui parle de «confusion des genres».

«Mélange des genres» et «confusion des pouvoirs»: ces éléments de langage sont repris par le secrétaire national à la Sécurité de l’UMP, Bruno Beschizza dans un communiqué. Il «dénonce donc le double discours de la gauche qui (…)prône l'indépendance des journalistes et de la justice mais n'hésite pas à systématiquement exercer des pressions dans le cadre d'affaires privées mettant en cause l'un des leurs».

L'Elysée tente de déminer

Il n'y a pas de volonté du président François Hollande de faire «pression» sur la justice, a affirmé à l’AFP une source proche de François Hollande. «On est très loin de ce qui a pu être fait dans le passé avec des pressions par voie hiérarchique via la chancellerie», a-t-on souligné à l’Elysée, ajoutant: «Il s'agit d'un témoignage personnel de François Hollande à travers une lettre rédigée à titre privé sur papier libre dans le cadre d'une affaire qui concerne sa compagne.» «En tant que président, François Hollande ne peut pas être requis mais il peut décider de témoigner», a poursuivi son entourage en insistant: «Il ne s'agit en aucun cas de propos de nature à influencer le jugement étant donné la transparence totale de ce témoignage.»