Copé vante «l’apaisement» à l'UMP pour éclipser les non-alignés

POLITIQUE Le patron contesté de l'UMP n'a rien voulu dévoiler de la teneur de ses discussions avec François Fillon mais laisse entrevoir une détente...

Maud Pierron
— 
Jean-François Copé lors de son (troisième) discours de victoire, le 26 novembre 2012, au siège de l'UMP à Paris.
Jean-François Copé lors de son (troisième) discours de victoire, le 26 novembre 2012, au siège de l'UMP à Paris. — REUTERS/Pascal Rossignol

Après la guerre – pas vraiment froide – la détente? Pour sa troisième semaine de crise, l’UMP est dans un entre-deux: toujours pas de résolution du conflit, mais un climat plus pacifique. Les deux protagonistes, Jean-François Copé et François Fillon se sont vus deux fois lundi, une fois mardi et doivent se reparler ce mercredi pour sortir de l’impasse. «C’est important qu’on se voit en tête-à-tête pour nous dire ce que nous avons sur le cœur et lever les incompréhensions et malentendus» qui découlent des déclarations et accusations portées par  les uns et les autres, a fait valoir Jean-François Copé ce mercredi à l’UMP.

Les deux hommes ont convenu de ne rien laisser filtrer de leurs discussions. Mais Copé en assure le service après-vente lors du point presse de l’UMP en enfilant le costume de pacificateur… tout en conservant celui, contesté, de patron du parti. «Quand on veut aboutir à un accord politique, on fait un pas en avant. J’ai considéré que dans la fonction qui est la mienne, de président de l’UMP, il fallait amorcer» cette détente, a-t-il expliqué. «Quand on a mal au dos, on fait vertèbre par vertèbre. Avec François Fillon, on fait sujet par sujet, pour débloquer la situation», image-t-il alors qu’il est de notoriété publique que l’ex-Premier ministre a des problèmes de dos.

Qui est le «méchant»?

Les deux hommes sont «sur le chemin de la conciliation et de l’apaisement», assure encore le député-maire de Meaux et tous les sujets sont sur la table, même si on ne peut «préjuger du résultat» de ces discussions. «Nous travaillons en profondeur sur notre fonctionnement, notre organisation et nos statuts», explique Copé. «Le calendrier, c’est la partie émergée de l’iceberg», jure-t-il. On n’est évidemment pas obligé de le croire, tant le nouveau vote est un casus belli pour le camp Fillon. «Le camp», relève Copé laissant entendre que l’ex-Premier ministre et certains de ses soutiens ne sont pas sur la même ligne sur le sujet.

Pourquoi après tant de jours à s’invectiver, à camper sur sa position pour Copé, à menacer d’aller en justice pour Fillon, se sont-ils résolus à se parler? «Peut-être que François Fillon s’est rendu compte que la situation était plus complexe» que celle qu’il voulait bien croire, fait-on valoir dans l’entourage de Copé, évoquant notamment des cas de triches de certains de ses lieutenants dont il n’était pas au courant. «Peut-être que le méchant de l’histoire n’est pas celui qui a une tête de méchant», insiste-t-on encore. Parce que Jean-François Copé a beau accuser «les observateurs pour qui [il] ne pourrai[t] qu’avoir tort» quels que soient la réalité des faits, il sait qu’il paie plus que François Fillon ce conflit sur son image. D’où l’urgence à apparaître comme celui qui fait un pas en avant et calme le jeu.

D’accord contre les non-alignés

L’autre urgence, c’était aussi de réduire le périmètre médiatique et politique des «non-alignés», signataires d’une tribune dans Le Figaro ce mercredi pour réclamer un nouveau congrès. Et qui se taillent un joli succès parmi les militants. «C’est un des moments qui, avec François Fillon, nous a fait sourire ensemble», a ironisé Copé mercredi matin. «C’est quelque chose qui n’a plus la même force qu’il y a trois, quatre jours. La dernière réunion était de moindre importance, et le message était moins collectif. Plus individuel», a-t-il souligné, ajoutant que «certains sont presque déçus qu’on se parle».  Car les NKM, Le Maire, Bertrand ou Apparu sont montés au front pour se poser en casque bleu, réclamer un nouveau vote, une direction collégiale, taper sur l’un ou/et sur l’autre. Ces discussions sur lesquelles rien ne filtre «laissent une porte ouverte médiatique pour d’autres qui vont alimenter le sujet» mais «les non-alignés ça n’existe pas, c’est une farce, ils sont alignés avec eux-mêmes», sourit-on à l’UMP, évoquant les ambitions de ceux qui ont voulu mais pas pu être candidats ou ceux qui ont pu mais n’ont pas voulu l’être.

Benoist Apparu, l’un de ces casques bleus, rejette ces accusations. «L’objectif, c’est de sortir du bordel ambiant. S’ils trouvent eux-mêmes un accord, tant mieux, on ne va pas en rajouter au prétexte qu’on n’est pas dans les discussions. Mais je pense que les pressions des non alignés et de Sarkozy les ont obligé à sortir par le haut de cette crise»

Alor Copé et Fillon occupent le terrain médiatique avec leur réunion au moins quotidienne mais, concrètement, les discussions n’ont pas l’air en voie de concrétisation immédiate. «On n’a pas de date butoir», dit-on. Les deux hommes sont en tout cas d’accord sur un point: mettre «fin au loft story en direct et en permanence» qui pourrait faire exploser le parti dont l’un ou l’autre pensent avoir besoin en 2017.