UMP: L'enjeu financier de la guerre

POLITIQUE Certains proches de Fillon réclament une scission qui aurait un impact financier non négligeable pour l'UMP...

Maud Pierron

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Le siège de l'UMP le 19 novembre 2012.
Le siège de l'UMP le 19 novembre 2012. — M. MEDINA / AFP

Et si la guerre entre Copé et Fillon et leur jusqu’au-boutisme cachaient une bataille financière? Car à l’UMP comme ailleurs, l’argent est le nerf de la guerre, surtout pour mener des campagnes victorieuses. Or les parlementaires soutenant François Fillon et qui menacent de faire scission avec une UMP présidée par Jean-François Copé menacent aussi, in fine, de lui couper une partie de ses finances. En effet, plus d’une centaine de parlementaires ont soutenu François Fillon et se sont réunis la semaine dernière pour réclamer «une structure» autour de l’ex-Premier ministre. Un terme flou mais qui pourrait prendre la forme d’un groupe indépendant à l’Assemblée, voire de l’adhésion à un nouveau «parti prétexte».

Un parti déjà exsangue financièrement

Le calendrier fait parfois bien les choses -pour le clan Fillon en tout cas- puisque les députés ont jusqu’à vendredi pour se déclarer affilié à un parti. Une déclaration qui n’a rien d’anodin puisque si une part du financement d’un parti politique repose sur le nombre de voix recueillies aux législatives, l’autre repose sur le nombre de ses parlementaires. Un sénateur ou un député rapporte durant toute la législature 42.228 euros par an au parti auquel il déclare être rattaché. L’UMP dispose de 196 députés et de 131 sénateurs. Ce qui ferait une enveloppe de quasiment 14 millions d’euros. Qui pourrait donc être amputée d’une bonne partie (6,3 millions) si les 151 parlementaires qui ont soutenu Fillon se déclaraient rattachés à un parti ami, domicilié en outre-mer, où la législation sur les partis politiques est différente. Le parti lui ? reverserait l’argent ensuite. C’est une démarche qui serait légale, puisque le Nouveau Centre y a eu recours en 2007 lorsqu’il s’est séparé du Modem, avec un parti tahitien.

Or l’argument financier a du poids dans un parti qui voit ses finances passer dans le rouge. Entre la nouvelle et l’ancienne législature, l’UMP «a perdu» environ dix millions d’euros par an puisqu'elle ne reçoit plus que 20 millions d'euros de dotation par an jusqu'en 2017 contre 30 millions d'euros avant. Et le parti s’est offert un nouveau siège dans le 15e arrondissement, dont le remboursement grève son budget. «On atteindra au mois de juin 2013 les 50 millions d'euros de déficit. Pour retrouver l'équilibre d'ici à la présidentielle de 2017, la pente s'annonce extrêmement rude», a d’ores et déjà prévenu au Figaro Dominique Dord, qui a demissionné ce lundi de son poste de trésorier de l'UMP, par ailleurs soutien de François Fillon.

La solution du groupe parlementaire

Cela laisserait Jean-François Copé à la tête d’une UMP exsangue financièrement et amputée de quasiment la moitié de ses parlementaires. Loin donc d’être une machine de guerre pour 2017. Vu les positions très tranchées des uns et des autres et les nombreux rebondissements depuis une semaine, cette solution n’est pas à exclure, même si elle paraît peu probable. «On souhaite a minima la création d'un groupe UMP indépendant. Pour le reste, on se réunira avec François Fillon mardi soir pour décider des suites à donner», a tonné dimanche Lionel Tardy, assurant que nombre de parlementaires ayant soutenu Fillon étaient prêts à faire comme lui, même si l’on imagine mal les quelques 80 députés fillonnistes (selon les chiffres du Monde) le suivre. Pour monter un groupe parlementaire et obtenir tous les avantages afférents (temps de parole, locaux, dotations, etc.), il suffit toutefois de réunir 15 parlementaires, ce qui semble largement jouable même s'il faudrait attendre la prochaine session ordinaire pour jouir de tous ces droits, soit octobre 2013. Politiquement, ce serait désastreux pour l’UMP mais cela éviterait de le mettre en péril financièrement. Et permettrait aussi de revenir en arrière à peu de frais si, un jour, une solution de compromis est trouvée.

Mais tout le monde, dans le camp Fillon, n’est pas sur la même ligne. Damien Meslot, député du Val d’Oise, proche de Xavier Bertrand et qui a soutenu François Fillon, l’a fait savoir par communiqué. Il «refuse l’aventure de la création d’un nouveau groupe à l’Assemblée nationale. La scission au sein du groupe UMP impliquerait une explosion de notre mouvement et ce serait le meilleur cadeau que l’on pourrait faire à l’extrême droite», écrit-il. Et précise «qu’il ne quittera jamais l’UMP et qu’il est favorable à une solution de compromis qui pourrait passer soit par un nouveau vote partiel (dans les bureaux où il y a litige) ou général ou par une direction collégiale qui regroupe l’ensemble des différents courants de l’UMP».