UMP: Nicolas Sarkozy, sauveur ou fossoyeur?

POLITIQUE Chacun son interprétation du rôle que l'ancien chef de l'Etat doit tenir dans la crise que traverse actuellement son parti...

Maud Pierron

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Nicolas Sarkozy, à l'aéroport de Roissy, lundi 26 novembre.
Nicolas Sarkozy, à l'aéroport de Roissy, lundi 26 novembre. — SIPA

Qui peut encore éviter l’implosion de l’UMP? Nicolas Sarkozy, l’ultime recours pour éviter l'implosion, à en croire Alain Juppé, le futur-ex arbitre entre Copé et Fillon. «C’est à lui de jouer», a asséné l’ancien Premier ministre ce lundi matin sur RTL, au lendemain de l’échec de sa médiation. «Il est le seul aujourd’hui à avoir l’autorité suffisante pour proposer éventuellement une sortie» de crise à l’UMP, juge le maire de Bordeaux.

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Alain Juppé a confirmé avoir été en contact téléphonique ce week-end avec l’ancien chef de l’Etat qui, depuis Shanghaï, s’inquiétait du sort de sa formation politique. Nicolas Sarkozy a ainsi fait savoir dimanche à l’AFP, via son entourage, qu’il était «favorable à toute initiative qui peut permettre de régler la situation». Un proche de Copé a ensuite indiqué que c’est bien l’ex-chef de l’Etat qui a convaincu Fillon de saisir la commission nationale des recours. Et les manœuvres continuent ce lundi: Nicolas Sarkozy a déjeuné avec François Fillon, pour tenter de déminer le terrain. Il aurait tenté de dissuader son ex-Premier ministre de saisir la justice, comme il l’a annoncé dimanche soir dans un communiqué.

Concurrence avec Juppé

Depuis le début de la crise et surtout depuis que Nicolas Sarkozy est sorti, jeudi dernier, avec un statut de témoin assisté et non de mis en examen du bureau du juge Gentil, dans le cadre de l’affaire Bettencourt, plusieurs élus de l’UMP en ont appelé à l’ancien chef de l’Etat. Il  reste la figure tutélaire du parti, la personnalité la plus appréciée par les militants, celui par qui Copé et Fillon n’ont cessé de jurer lors de leur campagne. C’est le cas de Gérard Darmanin, député du Nord, proche de Xavier Bertrand et qui a soutenu Fillon. «J’en appelle à Nicolas Sarkozy pour apaiser le climat à l’UMP», a-t-il lancé.

Mais si Nicolas Sarkozy, le dernier président élu de l'UMP sans contestations (2004-2007), se drape dans des habits de sauveurs, certains à l’UMP ont une lecture bien plus cynique de son implication. Si l'ancien chef de l'Etat a été aussi actif durant le week-end, selon une source proche de Copé, c'était pour «veiller à ce que Juppé ne soit pas érigé en sauveur» et qu’il ne lui fasse ainsi pas d’ombre pour préparer un éventuel retour d’ici 2017. «Cyniquement, le bazar actuel ne peut pas lui déplaire», ajoute-t-on de même source. Surtout s'il apparait comme indispensable à sa famille politique.

Son entourage a fait savoir qu'il ne comptait pas rentrer dans la mêlé même s'il est «très préoccupé par la situation de l'UMP, il suit cette situation au plus près dans une volonté d'apaisement. Il écoute, il entend, il est disponible pour ceux qui veulent le voir et lui parler». Mais«ce n'est pas le prolongement de la mission d'Alain Juppé. Il n'est pas prévu qu'il intervienne publiquement», a-t-on ajouté. «Si Nicolas Sarkozy a un rôle aujourd'hui, ce sera celui de conciliateur. Il aura à coeur d'aider à régler le conflit», a précisé à Reuters Patrick Balkany. Car si Nicolas Sarkozy, dans l'optique d'un retour en 2017, peut tirer parti d'un président de l'UMP à la faible légitimité, il n'a aucun intérêt à voir son parti imploser.

«Tout ça, c'est l'échec de Nicolas Sarkozy»

Certains au PS lui font même porter la responsabilité de la situation actuelle. «Ce qui se passe dans ce parti, c'est le pire de ce que la politique peut faire. (...) La politique est dégradée, notamment quand la démocratie n'est pas respectée», a expliqué dimanche sur BFM TV Pierre Moscovici. Et de conclure: «Tout ça, c'est l'échec de Nicolas Sarkozy». La semaine dernière, c’est David Assouline, le porte-parole du PS qui déclarait: «Nous savions que le sarkozysme avait laissé la France au bord de la faillite. Nous savons maintenant qu'il a transformé l'UMP en champ de bataille et peut-être de ruines», a estimé le porte-parole à l'AFP.

Des propos qui font écho à ceux rapportés par Le Canard Enchaîné de la semaine dernière selon lesquels Nicolas Sarkozy se félicitait notamment d’avoir fait monter Copé contre Fillon car il redoutait plus que tout qu’un homme prenne le parti avec une large majorité, ce qui aurait acté le début d’une transition.  «J'ai toujours dit que Fillon était une fausse valeur. On en a eu la preuve. Quant à Copé, on dit que c'est un Sarkozy au rabais. Mais dans 'Sarkozy au rabais', il y a 'Sarkozy'. C'est peut-être pour ça qu'il a été élu», se réjouissait-il. Et d’ajouter: «Je suis loin d'avoir pris une décision quant à mon avenir politique. Mais je ne suis pas dupe. Copé ne va avoir qu'une idée en tête : m'empêcher de revenir sur le devant de la scène».

D’ailleurs, ce lundi matin, le clan Copé a minimisé le rôle de l’ex-chef de l’Etat. «Je ne vois pas très bien Nicolas Sarkozy intervenir maintenant», a déclaré Luc Chatel sur Europe 1. «Il peut écouter, entendre, conseiller les uns les autres, oui», a-t-il concédé. «S'il veut revenir et sauver l'UMP, très bien», a-t-il ajouté, «je ne suis pas certain que ce soit sa logique actuelle».

Jean-François Copé, lui, a estimé que Nicolas Sarkozy ne se mêlerait pas de la crise à l’UMP puisqu’il a dit qu’il ne s’en occuperait pas.«Il ne faut pas instrumentaliser Nicolas Sarkozy», a-t-il dit. Il est semble loin le temps où il ne jurait que par lui lors de ses meetings de la campagne interne.