Affaire Bettencourt: Que risque Nicolas Sarkozy en se présentant à devant le juge?

JUSTICE L'ex-chef de l'Etat pourrait être mis en examen à l’issue de l’audition de jeudi qui doit se tenir à Bordeaux...

Aurélie Delmas

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Nicolas Sarkozy, le 14 novembre 2012 à Moscou.
Nicolas Sarkozy, le 14 novembre 2012 à Moscou. — Natalia Kolesnikova/AP/SIPA

L'ancien président de la République Nicolas Sarkozy est convoqué jeudi par le juge d'instruction en charge du dossier Bettencourt aux fins d'une mise en examen. 20 Minutes fait le point sur les éléments du dossier qui le mettent en cause.

Que risque Nicolas Sarkozy?

L'ancien chef de l'Etat est convoqué par le juge Gentil dans le volet abus de faiblesse de l'affaire. Il ne sera pas automatiquement mis en examen à la fin de l'audition, mais on sait désormais que Nicolas Sarkozy  ne sera pas entendu en qualité de témoin simple, puisque son avocat, Me Thierry Herzog, a eu accès à la procédure.

A l'issue de l'audition, le juge pourra au choix mettre Nicolas Sarkozy en examen ou lui accorder le statut de témoin assisté. Si l’ancien président est mis en examen, le juge peut, au terme de l’instruction, prononcer un non-lieu ou le renvoyer devant un tribunal correctionnel. Si le juge lui accorde le statut de témoin assisté et que ce statut est maintenu, le non-lieu sera automatiquement prononcé à la fin de la procédure.

Que lui reproche-t-on?

Le juge soupçonne des retraits en espèces sur la fortune de l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt, 90 ans, affaiblie psychologiquement depuis septembre 2006, visant à financer frauduleusement la campagne Nicolas Sarkozy.

Qui sont les acteurs?

Claire Thiboult. En juillet 2010, l’ancienne comptable de Liliane Bettencourt déclare à la police que l’homme de confiance des Bettencourt, Patrice de Maistre, lui a réclamé 150.000 euros en liquide début 2007 afin de les donner à Eric Woeth, trésorier de campagne de Nicolas Sarkozy. La comptable a précisé qu'elle n'était «pas là lors de la distribution des enveloppes».          

Patrice de Maistre. Membre du «Premier Cercle» des grands donateurs de l'UMP, il était proche d’Eric Woerth et a rencontré Nicolas Sarkozy, notamment à l'Elysée. Il a été mis en examen en février dernier pour trafic d'influence passif et recel.

François-Marie Banier. Le journal intime du photographe, saisi par la justice, retranscrivait des propos de la milliardaire: «De Maistre m'a dit que Sarkozy demande encore de l'argent. Si je dis oui, comment être sûre qu'il lui donne bien?». Des notes que le photographe a qualifiées d'«impressions».

Quand Nicolas Sarkozy a-t-il vu les Bettencourt?

Nicolas Sarkozy n'a reconnu qu'une visite à leur domicile, le 24 février 2007. Un rendez-vous anodin, avait expliqué l'ancien maire de Neuilly, qui s’inscrit dans des relations de longue date avec l'héritière et son mari, André Bettencourt, ministre de De Gaulle et de Pompidou.

Où en est l’enquête?

Le juge Gentil a fait entendre plusieurs des collaborateurs de Nicolas Sarkozy dont l'ex-secrétaire général de l'Élysée, Xavier Musca, son ancien conseiller pour la justice, Patrick Ouart, et son ami et avocat, Thierry Herzog.

Au début de l'année, le juge Gentil a saisi les milliers de documents, justifiant des dépenses sur les comptes de campagne du candidat. Début juillet, il a perquisitionné ses nouveaux bureaux, son cabinet d'avocats et le domicile de Carla Bruni. Les enquêteurs avaient saisi son agenda 2007 dont une copie avait déjà été envoyée au juge par Me Herzog.

Comment se défend-il?

Le président sortant parle de «ragots» et s'estime inattaquable sur ce dossier, mais il sait qu'une mise en examen est possible. «Le juge Gentil est déterminé à tout faire pour le mettre en cause», commente son entourage.

«Comme toujours avant la présidentielle, il y a un certain nombre de boules puantes, c'est classique, ça ne surprend personne, ce n'est pas pour autant que c'est avéré», s'était défendu Nicolas Sarkozy début avril. «La commission des comptes de campagne a certifié ces comptes en disant «il n'y a pas un centime dont on se demande d'où il vient», avait-il martelé.

Outre l'affaire Bettencourt, une enquête préliminaire a été ouverte ce mardi sur les sondages commandés par l'Elysée sous la présidence de Sarkozy.