Mariage pour tous: François Hollande retire l'expression «liberté de conscience» pour les élus

Maud Pierron

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François Hollande, le 7 octobre 2012 à l'Elysée.
François Hollande, le 7 octobre 2012 à l'Elysée. — CHAMUSSY/SIPA

Après la polémique, le rétropédalage. François Hollande retire l’expression «liberté de conscience» qu’il avait utilisée mardi en ouverture du congrès des maires de France pour les élus appelés à célébrer les mariages homosexuels, selon l’entourage du chef de l’Etat. Même si à 20 Minutes, l'Elysée explique que «retirer» n'est pas le bon terme car cela signifierait que le chef de l'Etait aurait envisagé d'inscrire le principe dans la loi, «ce qui n'a jamais été le cas».

Evoquant la réforme du mariage pour tous, Hollande avait expliqué que les maires pourront objecter de «leur liberté de conscience», une saillie qui a provoqué la colère des associations homosexuelles, des applaudissements à droite et un tollé à gauche, même au sein du PS. «C’est une faute sémantique – pour la portée symbolique de l’expression -  et de calendrier au lendemain de la mobilisation» des anti-mariage gay, selon un député socialiste, «un reniement», «une capitulation en rase campagne» expliquait Noël Mamère pour les écologistes, «une proposition scandaleuse» pour le PCF. Il était donc urgent de déminer alors que mardi soir et mercredi, l’Elysée justifiait cette sortie par le «pragmatisme», par une «forme de réalisme» face aux réticences d’une partie de la société française, louant le côté rassembleur du chef de l’Etat. Mais le changement, c’est aussi pour les déclarations du président.

«Une expression mal comprise donc mal appropriée»

D’où les efforts de l’entourage du chef de l’Etat pour expliquer le revirement. «Le président a utilisé le terme dans un contexte spécifique, parce qu'il avait été employé à plusieurs reprises par les personnes qui  l'interpellaient. Il répondait à cette interpellation», a-t-on développé, à l'issue d'une réunion de François Hollande avec l'Inter LGBT (Lesbiennes, gays, bi et transexuels) à l'Elysée. «Mais comme cela a été mal compris, qu'il y a eu de nombreuses interprétations philosophiques, il a jugé que l'expression devait être mal appropriée. La réalité, c'est la loi qui sera votée et appliquée dans les 36.000 communes», assure-t-on encore.

Un peu plus tôt déjà, lors d'une conférence de presse avec Mario Monti, Hollande avait déjà engagé la marche arrière en assurant que «la loi doit s'appliquer partout, dans toutes les communes». Avant d'arriver à ce rétropédalage total, la majorité s'est employée, toute la journée, à éteindre l'incendie. D'abord, Harlem Désir, qui sur Radio Classique ce mercredi matin assurait que « [Hollande] a voulu à la fois dire que la loi devrait s’appliquer d’une façon universelle» et «il a voulu s’assurer que partout, dans toutes les municipalités, ce droit au mariage soit effectif».

«Hollande n’a pas résisté à la pression»

Puis Christine Taubira s’est fendue d’un communiqué en milieu de matinée pour mettre les choses au clair. La célébration du mariage «pour tous» sera assurée «dans chaque commune de France au nom de l'égalité des droits» et «l’Etat en sera le garant scrupuleux», a-t-elle rassuré. Claude Bartolone a enfin précisé lors de «Questions d'Info» LCP/France Info/Le Monde/AFP en début d'après-midi que «la clause de conscience n’est pas prévue dans la loi» à venir.

Pourtant, à ménager la chèvre et le chou ainsi, il n'est pas sûr que ce revirement du chef de l'Etat satisfasse réellement les deux partis, les pros, même s'il les rassure, et les antis mariage homosexuel. Et  si en accordant la «liberté de conscience» aux maires pour son engagement 31, «il renforce toutes les critiques qui lui sont faites sur d’autres domaines. En terme d’image, c’est terrible», notait un député socialiste en début d'après-midi, son cas ne va certainement pas s'arranger sur ce plan après ce nouveau revirement.

«C’est un couac, c’est vraiment très étrange comme séquence», commente Gérard Grunberg, directeur de recherches au Cevipof. «Hollande n’a pas résisté à la pression de l’entourage, aux groupes de pression. Et puis cela donne l’impression que le dernier qui parle à raison», ajoute le politologue. Reste que le même député socialiste, qui considérait que la sortie de Hollande de mardi était «une maladresse et une connerie» et constituait «une faute sémantique et de calendrier» s’est dit mercredi désormais «satisfait et soulagé». C’est déjà ça de pris pour François Hollande.