UMP: Comment recoller les morceaux?

POLITIQUE Et si l'exemple à suivre venait de l'ennemi socialiste...

Matthieu Goar

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François Fillon et Jean-François Copé sur le plateau de «Des paroles et des actes», le 25 octobre 2012.
François Fillon et Jean-François Copé sur le plateau de «Des paroles et des actes», le 25 octobre 2012. — MIGUEL MEDINA / AFP

Les assiettes ont volé et les mots ont fusé. En direct sur tous les médias, l’UMP s’est déchirée dans une querelle de famille qui laissera des traces. Au moment du dessert, François Fillon a évoqué une «fracture morale ». Irréparable? «Le PS a recollé les morceaux au lendemain du congrès de Reims. Martine Aubry et Ségolène Royal ont fini à 50-50, ça n'a pas empêché François Hollande de l'emporter», a positivé Valérie Pécresse, soutien du perdant François Fillon.

En novembre 2008, la nuit fratricide de Reims avait en effet laissé le PS divisé entre clans. Déclarée gagnante par la commission de récolement à l’issue du vote des militants, Martine Aubry avait ensuite verrouillé les instances dirigeantes au profit de ses partisans et de ceux de Benoît Hamon. Ce qui n’avait fait qu’aggraver les tensions. Au meeting de Rezé, le PS met en scène une réconciliation factice entre Royal et Aubry en mai 2009. La perdante se voit confier une mission à l'international. Peine perdue, les socialistes se font laminer aux européennes. Le feu couve toujours. «Le discours des universités d’août 2009 est un moment charnière. Elle joue la carte de la base contre les dirigeants en insistant sur la lutte contre le cumul des mandats, en lançant des forums, des rencontres et en concrétisant l’idée des primaires ouvertes», explique Rémy Lefebvre, politologue spécialiste du PS.

Crise de leadership au PS contre crise de valeurs à l’UMP?

Il s’agit alors du grand projet de la rénovation. L’ambition d’Aubry est de souder les dirigeants autour de la préparation du projet présidentiel de 2012. «Elle remet à ce moment-là le parti au travail. Cela permet de sortir de la crise par le haut et de faire revenir des Royalistes au sein du parti en leur confiant des thèmes de travail importants», décrypte Jérôme Guedj, député de l’Essonne, pessimiste sur l’avenir de l’UMP. «En 2008 pour le PS, il s’agissait d’une crise de leadership. A part l’idée d’une alliance avec le MoDem, il n’y avait pas de grandes différences d’idées entre Royal et Aubry. Mais l’UMP est confrontée à une crise de valeurs, entre la droite sociale et la droite décomplexée.» Un avis partagé par Daniel Vaillant, ancien président de la commission de récolement du PS: «Pour eux, la solution est plus inextricable car il me semble y avoir à l'UMP deux lignes politiques aujourdhui.» «Copé peut tenter de ressouder ses troupes en mettant en place une opposition au Kärcher. C’est à mon avis la carte qu’il va jouer», relativise Lefebvre.

Les victoires aux élections intermédiaires (régionales, cantonales) permettent au PS de se reconstruire plus paisiblement jusqu’aux primaires que tous les dirigeants redoutent. Sauf que la compétition rencontre un tel succès populaire que les coups fourrés deviennent plus difficiles (aucune fédération ne peut faire basculer le scrutin grâce à quelques milliers de votes truqués). «Je ne vois pas comment l’UMP pourrait maintenant agir autrement. Avec des primaires fermées, qui pourrait encore faire confiance au système de votes qui a prouvé toutes ses défaillances ce week-end?» conclut Rémy Lefebvre.