«Droitisation» de l'UMP: «Cette élection était une confrontation d'écuries»

INTERVIEW C'est l'avis de Paul Bacot, professeur de sciences politiques...

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Jean-François Copé, le 25 mai 2012.
Jean-François Copé, le 25 mai 2012. — P.SAUTIER/AP/SIPA

L’élection de Jean-François Copé à la présidence de l’UMP signe-t-elle la «droitisation» du parti ? La synthèse des droites gaulliste, centriste et libérale en 2002 a-t-elle failli au profit d’une droite identitaire? 20 Minutes a posé la question à Paul Bacot, professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Lyon…

Les familles gaulliste, centriste, libérale qui ont formé l’UMP en 2002 ont-elles décliné au profit d’une famille identitaire, qui a pris le pouvoir avec l’élection de Jean-François Copé?

Il y a encore des traces de ces familles à l’UMP. Certains y font encore référence, mais ce sont plus souvent des références floues, qui jouent sur l’émotion et le souvenir. Prenez par exemple Michèle Alliot-Marie, qui souhaite faire vivre le gaullisme à l’UMP (elle a présenté une motion en ce sens ndlr). Concrètement, que cela veut-il dire? Souhaite-t-elle des nationalisations? Quel est son rapport envers les Etats-Unis et l’Otan ? Il y a donc des familles, mais il est surtout question de personnes. Dans cette élection à la présidence de l’UMP, c’était une confrontation d’écuries plutôt que de lignes.

Pourquoi considérez-vous que cette élection pour la présidence de l’UMP était celle d’«écuries»?

Tous ceux qui ont soutenu Jean-François Copé ne sont pas des partisans de la «droitisation» dont on parle. Prenez par exemple Jean-Pierre Raffarin, soutien de Jean-François Copé, qui n’est pas forcément proche de ses idées durant cette campagne. Prenez de l’autre côté Eric Ciotti (directeur de la campagne de François Fillon ndlr) dans l’équipe Fillon. Cette élection était donc plutôt une confrontation de clan, d’écurie, de soutiens. La professionnalisation de la vie politique et l’objectif central de l’élection présidentielle de cette vie politique mènent à ce type de confrontations personnelles.

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Peut-on dire que l’UMP s’est «droitisée»?

On peut dire qu'une partie de l’UMP se décale à droite, mais ce n’est pas un phénomène nouveau. Il y a des évolutions en cours. Mais cette élection montre surtout que François Fillon s’est trompé de scrutin et donc de discours, avec la présidentielle de 2017 en ligne de mire. Cette élection visait uniquement les adhérents UMP, c’est donc du parti dont il était question.

La droite «identitaire» s’est éveillée à l’UMP avec l’idéologue Patrick Buisson, conseiller de Nicolas Sarkozy?

Est-il la graine ou la conséquence? Pas si facile de répondre. Patrick Buisson était en tout cas l’homme de la situation. Il a répondu à une attente et avait un poids certain auprès de Nicolas Sarkozy.

Est-ce que Jean-François Copé va multiplier les thèmes identitaires, ou fera-t-il évoluer son discours?

A peine élu, Jean-François Copé a intérêt à marquer les esprits, en apparaissant le premier des opposants. Son discours va-t-il évoluer? Oui, mais pas forcément dès les premières semaines, où il a la tâche de devenir le chef. Va-t-il se «recentrer»? Rien n’est dit mais il aura la nécessité de réunifier le parti.

L’idée d’explosion de l’UMP évoquée par certains est-elle probable ?

C’est peu probable. L’UMP reste un grand parti de gouvernement, une grande machine qui n’a rien à gagner si elle explose. Le coût d’une explosion du parti est trop lourd pour les élus UMP. La vie politique est telle qu’elle est, les membres de l’UMP vont œuvrer à assurer leur survie de leur parti.

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