Conférence de presse à l'Elysée: «Hollande a assumé un virage social-libéral»

INTERVIEW Pour le spécialiste du PS Rémi Lefebvre, le chef de l'Etat a adopté un discours décomplexé sur la compétitivité...

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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François Hollande en conférence de presse à l'Elysée, le 13 novembre 2012.
François Hollande en conférence de presse à l'Elysée, le 13 novembre 2012. — WOJAZER-POOL/SIPA

Au lendemain de la première conférence de presse de François Hollande à l’Elysée, Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l’université de Lille II, tire pour 20 Minutes les leçons politiques de l’exercice.

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Peut-on dire, comme de nombreux éditorialistes, que Hollande a acquis une stature présidentielle?

On ne naît pas président, on le devient, c’est une stature qui s’acquiert avec le temps. Cette conférence de presse, à l’Elysée, était en majesté, et François Hollande a été bon. Pendant deux heures il a bien tenu la parole et ne s’est pas démonté. Ce type d’exercice crée d’emblée une posture présidentielle, surtout que Hollande était plutôt à l’aise, qu’il connaît les journalistes et a anticipé leurs questions et leurs attentes. Il a trouvé le bon équilibre entre hauteur et proximité.

Justement, Hollande a lâché quelques sourires et plaisanteries pendant la conférence. Prend-il le risque de paraître trop léger?

C’est le naturel qui revient au galop. François Hollande a réprimé cette partie de sa personnalité depuis des mois, mais naturellement, il est dans l’humour, il aime l’ironie. C’est la vérité du personnage qui est apparue à certains moments de la conférence. Mais il n’a pas non plus intérêt à ne jouer que la partition du président qui se réduit à son rôle. De toute façon, je ne pense pas que cela soit calculé: quand on est pendant deux heures confronté à tant de journalistes, c’est difficile de maquiller ce qu’on est vraiment. Son registre, c’est aussi l’humour et le décalage.

Le Medef et le MoDem ont salué le réalisme de François Hollande. S’est-il droitisé?

Ce qui s’est passé avec le pacte de compétitivité de la semaine dernière et cette conférence de presse, c’est un virage vers plus de réalisme. Et l’objectif de la conférence était de l’exprimer et de l’assumer, même si Hollande a souligné qu’il n’y avait pas de rupture et a voulu apparaître comme celui qui ne se renie pas. C’est un virage par rapport à la campagne présidentielle, où le candidat Hollande affirmait que le coût du travail n’était pas un problème. Et c’est très clairement un virage social-libéral, vers plus de compétitivité, avec un discours assez proche des intérêts du patronat.

Ne tient-il plus à flatter les autres partis de gauche comme EELV et le Front de gauche?

On pouvait s’attendre, par rapport aux mesures annoncées la semaine dernière, à un discours de rééquilibrage. Au lieu de ça, on a eu droit à un discours de vérité: Hollande assume, il a placé son discours en adéquation avec ses actes au risque de s’aliéner certains alliés de gauche. Pour Mélenchon, disons que ça clarifie les choses, mais le Front de gauche n’est pas encore très audible. Pour les Verts, cela alimente la question qui flotte depuis plusieurs jours: doivent-ils rester au gouvernement? Mais, pour rejoindre votre première question, je dirais que François Hollande assume au risque de l’impopularité, ce qui est assez présidentiel. «Je ne transige pas, je donne un cap et je ne veux pas donner l’impression de louvoyer». C’est un discours décomplexé sur la compétitivité: va-t-il relancer l’opposition des Verts? La question reste en suspens.