Montebourg: «Tous les Français devraient lire le rapport Gallois tellement il est édifiant»

REACTIONS Membre de la classe politique, syndicats et experts commentent le rapport de Louis Gallois sur la compétitivité française...

Anne-Laëtitia Béraud avec Reuters
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Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, le 17 otobre 2012, à sa sortie du Conseil des ministres à l'Elysée.
Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, le 17 otobre 2012, à sa sortie du Conseil des ministres à l'Elysée. — VILLARD/SIPA

Alors que l'ex-PDG de la SNCF Louis Gallois remet ce lundi au gouvernement son rapport sur la compétitivité française, le texte fait déjà jaser et les réactions sont nombreuses, tant positives que critiques. Ce rapport est censé ouvrir un nouveau chantier gouvernemental dès mardi, avec l'ouverture d'un séminaire sur le sujet.

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Le gouvernement français tiendra compte de ce rapport, a assuré Arnaud Montebourg. «Il ne s'agit pas de s'attaquer au montant des salaires, ni même au coût du travail mais de trouver une sorte de consensus national pour faire en sorte que l'acte de produire soit encouragé dans notre pays», a-t-il expliqué sur RTL. En début de soirée, il a affirmé que le rapport «sera évoqué lors d'un séminaire gouvernemental demain (mardi)».

«Louis Gallois appelle à un réflexe patriotique, a-t-il encore estimé. Cela veut dire qu'en effet tous les Français peuvent prendre leur part dans la renaissance de notre industrie. (...) Je crois que tous les Français devraient lire le rapport Gallois tellement il est édifiant».

«Ce n'est pas un rapport complaisant»

Pour le président (UMP) de la commission des Finances de l'Assemblée, Gilles Carrez, qui estime que «ce n'est pas un rapport complaisant, ce n'est pas un rapport de droite, ce n'est pas un rapport de gauche, c'est le rapport d'un industriel qui par ailleurs a toujours été sensible à l'intérêt général». Cependant, il «regrette» que dès mardi «le gouvernement tranche sans qu'il y ait aucune discussion. Or, sur des sujets aussi importants on pourrait avoir, me semble-t-il, une approche non partisane, un travail constructif entre la majorité et l'opposition».

Les voix dans l’opposition sont en effet moins élogieuses, comme en témoigne ce tweet du député UMP des Alpes-Maritimes Lionnel Luca:

Pour le député UMP des Yvelines Jacques Myard, les pistes pour établir une meilleure compétitivité du pays ne peuvent se trouver dans le rapport de Louis Gallois. Il écrit dans un communiqué qu'«en réalité, seule une dévaluation de la monnaie française d'au moins 30 % vis-à-vis de l'Allemagne serait de nature à redonner de la compétitivité aux entreprises françaises et créer le choc nécessaire. Pour cela il faut poser la seule question qui vaille: l'euro étrangle l'économie française. Il faut en sortir.»

Lors d'un point presse, le secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé a lancé que «Louis Gallois arrive exactement aux mêmes conclusions que nous, sur tous les sujets. Je soutiens donc le rapport Gallois», ajoutant: «Si François Hollande venait à changer de cap et donc à ce titre à reprendre les propositions du rapport Gallois, quitte à se renier lui-même (...) je serais naturellement à ses côtés dans l'intérêt de la France».

«Sa place est donc à la corbeille»

Toujours à l'UMP, le député de Paris Jean-François Lamour écrit dans un communiqué que «la mise en œuvre du rapport Gallois est indispensable, mais elle sera forcément injuste, car les 30 milliards d’euros d’allégements de charges transférés sur la fiscalité viendront s’ajouter aux 20 milliards d’euros d’impôts supplémentaires déjà votés par la majorité socialiste».

Pour François Sauvadet, vice-président du groupe UDI de l'Assemblée nationale, la remise de ce rapport «met François Hollande au pied du mur: soit il suit les préconisations de Louis Gallois en baissant drastiquement les dépenses de l'Etat et le coût du travail, en validant ainsi a posteriori les choix de la précédente majorité qu'il n'a cessé de combattre, soit il les rejette et il condamne notre économie à la récession».

Sur Twitter, Florian Philippot, vice-président du Front national écrit ce lundi : «Le rapport Gallois passe sous silence les 2 problèmes principaux pour la compétitivité: libre-échange et euro. Sa place est donc à la corbeille».

Quant à François Bayrou, le président du Modem, il écrit sur son site et sur ce réseau que le président de la République «François Hollande est devant sa responsabilité de chef d'Etat. C'est là où son quinquennat se joue» avec ce rapport.

La présidente du Medef, Laurence Parisot, a jugé dans un communiqué qu «le diagnostic posé par le rapport Gallois est juste», et qu'«il s'agit désormais de savoir quand et comment ses propositions seront mises en oeuvre», soulignant que ce chantier «est vital pour l'économie de notre pays» et que «le Medef y contribuera dans un esprit constructif».

Jean-François Roubaud, président de la CGPME (Confédération générale des petites et moyennes entreprises), a pour sa part indiqué sur RTL: «Je ne voudrais pas qu'on attende fin 2013 pour prendre ces mesures qui sont essentielles, pour le moral des entreprises mais également des salariés. On a besoin d'un choc, on a besoin de voir qu'il y a une vraie direction, une vraie stratégie au profit de l'entreprise.»

Dans un communiqué, la CFTC a estimé que « reconquête industrielle est une nécessité, un vrai pacte social, une urgence», mais que «quel que soit le choix fait pour booster les investissements, celui-ci ne doit pas tuer toute velléité de croissance et affaiblir encore plus le pouvoir d'achat des salariés».

«Vertu pédagogique»

Du côté du syndicat Force ouvrière (FO), le problème de la compétitivité n'est pas lié au coût du travail. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO affirme attendre dans un entretien publié par Le Parisien/ Aujourd'hui en France de ce rapport «qu'il mette l'accent sur la compétitivité dite «hors coût». Autrement dit sur tout ce qui touche à l'innovation, à l'investissement, à la recherche, à la stratégie industrielle, au rôle des banques vis à vis des entreprises». «Les difficultés de l'économie française et d'une partie de l'industrie viennent de là», estime en outre Jean-Claude Mailly.

Mohammed Oussedik, secrétaire confédéral CGT, a quant à lui estimé sur i>Télé que «dans ce rapport, on s'entête encore à lier la compétitivité des entreprises et de l'industrie à la baisse du coût du travail et, selon nous, ça, c'est une faute, c'est une erreur parce que la compétitivité des entreprises n'est absolument pas liée au coût du travail dans ce pays.» Même son de cloche au PCF, qui juge dans un communiqué le rapport «écrit sous la dictée du Medef», et estime qu'abaisser les cotisations sociales patronales, «c'est toujours la même vieille rengaine au nom de la compétitivité».

Mais Jean-François Roubaud, président de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises, il faut revoir la stratégie globale de l'entreprise. Le responsable affirme sur RTL ce lundi ne pas vouloir «qu'on attende fin 2013 pour prendre ces mesures qui sont essentielles, pour le moral des entreprises mais également des salariés. On a besoin d'un choc, on a besoin de voir qu'il y a une vraie direction, une vraie stratégie au profit de l'entreprise.»

La déception est enfin perceptible du côté de Jacques Attali, qui avait lui-même remis un rapport sur la croissance en 2010 à Nicolas Sarkozy. Le rapport Gallois sur la compétitivité «n'a pas de vertu autre que pédagogique», a-t-il estimé ce lundi sur Canal+.