François Hollande l'hyperprésident...?

POLITIQUE Quitte à déplaire, François Hollande investit le champ des faits-divers...

Matthieu Goar

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François Hollande sur le perron de l'Elysée, le 15 octobre 2012.
François Hollande sur le perron de l'Elysée, le 15 octobre 2012. — REUTERS/Benoit Tessier

«Un président qui ne veut pas être un président de tout, chef de tout et en définitive responsable de rien.» Voilà comment François Hollande résumait sa vision de la fonction présidentielle lors de sa célèbre tirade «Moi, président…» du débat de l'entre-deux-tours.

Depuis, six mois se sont écoulés, une éternité en politique. Et la stratégie élyséenne semble avoir évolué. «Je suis en première ligne», a lancé le chef de l'Etat lors dans son interview de rentrée. En pointe sur le front de la crise comme sur celui des faits divers. Ce week-end, il a en effet rencontré la famille du major Brière tué dans l'exercice de ses fonctions. Le 1er octobre, il était à Echirolles (Isère), lieu d'une rixe mortelle entre jeunes.

«La logique de la Ve République»

A chaque fois, les déplacements se font dans les jours qui suivent le drame, alors que le chef de l'Etat avait mis près de deux mois à visiter les gendarmes de Pierrefeu-du-Var, qui avaient perdu deux des leurs en juin. «Vu sa chute de popularité, sa seule solution est l'hyperprésidence, qui lui permet de s'intéresser à des sujets qui touchent les classes populaires et les classes moyennes», théorise un cadre du PS.

L'Elysée réfute un changement de style. «Dès la première réunion de cabinet, il nous a demandé de ne pas l'enfermer et de faire des visites qui lui permettent de rester au contact des Français, explique un de ses conseillers. C'est ce que nous faisons en choisissant des sujets régaliens, à la croisée entre la sécurité et le social, et qui ont ému les Français. Nous ne venons pas pour faire des effets d'annonce sur le renforcement de l'arsenal juridique, mais pour apaiser et faire appliquer la loi.»

La gauche, qui avait tant critiqué Sarkozy sur ce sujet, reste pour le moment très discrète. «On a condamné la pratique sarkozyste des institutions à juste titre. Mais la logique profonde de la Ve République est d'avoir un président omniprésent», relativise Emmanuel Maurel, adversaire malheureux de Harlem Désir pour le poste de premier secrétaire, et encore optimiste sur la pratique élyséenne: «Hollande a l'occasion de créer un nouveau type de présidence. Cela reste un beau chantier pour la gauche.»

Un œil sur la majorité

«Moi, président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité…» Une autre annonce mise à mal. S'il ne reçoit pas les parlementaires comme le faisait souvent Sarkozy, Hollande a beaucoup échangé avec Benoît Hamon sur le comportement des députés frondeurs lors du vote du traité. Quitte à promettre aux «hamonistes» des sièges au conseil national du PS.