Comment l'UDI peut vivre en attendant 2014

POLITIQUE Fondée dimanche par Jean-Louis Borloo, la formation a des aspirations politiques nationales. Mais a-t-elle les moyens de les exaucer?...

Anne-Laëtitia Béraud
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Jean-Louis Borloo (au centre) pour la fondation de l'Union des démocrates et indépendants (UDI), le 21 octobre 2012 à Paris.
Jean-Louis Borloo (au centre) pour la fondation de l'Union des démocrates et indépendants (UDI), le 21 octobre 2012 à Paris. — WITT/SIPA

L’Union des démocrates et indépendants (UDI), le parti mené par Jean-Louis Borloo, a pris officiellement son essor dimanche. Pour son discours de clôture, l’ancien ministre de l’Ecologie a affiché les prétentions nationales de l’UDI, affirmant notamment: «Nous sommes une force qui a vocation à devenir le premier parti de France».

«Renaissance» d’un centre-droit jusqu’alors mité par les querelles d’égos, ambition de faire de l’UDI une UDF du XXIe siècle, cette formation a affiché pour sa première à Paris une prise de choix à l’UMP, en la personne de l’ex-ministre sarkozyste Chantal Jouanno. L’ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing et l’ancienne ministre Simone Veil ont également soutenu la naissance du nouveau parti.

Différents enjeux, dont la survie médiatique

Mais au lendemain de cette naissance politique vient la question de l’organisation de ce parti, et des moyens de son existence. Alors que le suffrage universel est la clef de la légitimité d’une formation politique, et que les prochaines échéances (municipales, territoriales et européennes) sont fixées en 2014, l’UDI a-t-elle les moyens d’exister? Son alliance avec l’UMP, qualifiée de «coalition gagnante» par Jean-Louis Borloo, n’est-elle pas in fine une opération d’auto-destruction? Les questions restent ouvertes, d’autant plus qu’un sondage Ifop pour Ouest-France Dimanche révèle que le centre connaît un tassement depuis deux ans, les Français se situant plus à gauche ou à droite.

Des Français moins attirés par le centre est un phénomène post-élection présidentielle, qui a été marquée par une forte bipolarisation, explique Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. Ce qui n’empêche pas qu’un «espace politique» soit libre pour l’UDI, ajoute le sondeur. «Cette formation UDI peut apparaître comme un pôle d’équilibre à une UMP qui subit une droitisation extraordinaire, une course à l’échalote vers les extrêmes. L’UDI peut disposer de cet espace mais seul le suffrage universel pourra valider ces espoirs», rappelle Frédéric Dabi. Cet espace politique libre au centre est d’autant plus important que le président du Modem, François Bayrou, reste aujourd’hui très isolé, marqué par plusieurs défaites électorales.

«Borloo doit continuer a apparaître comme un défricheur d’idées»

«Si espace politique il y a, il faudra vivre, notamment dans les médias, jusqu’aux élections. Pour cela, Jean-Louis Borloo, qui a déjà une longue histoire politique, doit continuer à apparaître comme un défricheur d’idée», commente le politologue Emmanuel Saint-Bonnet, fondateur du site «atlaspol». Des idées, certes, mais qui se doivent d’apparaître singulières de celles de l’UMP, car le risque de confusion est grand. «L’UDI va devoir incarner une opposition au gouvernement avec des prises de position, mais aussi faire entendre une musique différente de l’UMP sur des questions de société, comme par exemple le mariage homosexuel, l’assistanat ou encore le cannabis», renchérit Frédéric Dabi, de l’Ifop. 

«Rien n’est impossible pour cette formation politique. Mais elle est face à différents enjeux: organiser le parti, attirer et former des adhérents, ne pas vivre comme l’ancienne UDF sur des cadres politiques notables. Il y a aussi la question de modérer les égos à l’intérieur de la formation», résume Emmanuel Saint-Bonnet. Le chantier de l’UDI est donc ouvert. En attendant le résultat d’un suffrage populaire qui légitimera –ou précipitera- la formation politique, sa survie passe aujourd’hui par ses prises de position.