L'UDI, la nouvelle formation qui en rappelle une glorieuse ancienne

POLITIQUE La nouvelle formation, présidée par Jean-Louis Borloo, marche sur les pas de l'UDF et veut devenir un parti qui compte...

Anne-Laëtitia Béraud

— 

Hervé Morin et Jean-Louis Borloo lors du Congrès du Parti Radical, le 15 mai 2011 à Paris
Hervé Morin et Jean-Louis Borloo lors du Congrès du Parti Radical, le 15 mai 2011 à Paris — Pascal Rossignol / Reuters

Cela faisait longtemps que la famille centriste n’avait pas publié dans le carnet rose des journaux. Dimanche, elle célébrera la fondation de l’Union des démocrates et indépendants (UDI), le mouvement politique né de la réflexion de Jean-Louis Borloo et d’une bonne partie du centre-droit. C’est ce jour-là, en effet, que seront déposés les statuts fondateurs de cette nouvelle polyphonie centriste, quelques mois après la création d’un groupe UDI à l’Assemblée par l’ancien ministre de l’Ecologie, au lendemain des élections législatives. La formation, qui rassemble sous la même bannière Hervé Morin (Nouveau Centre), Jean Arthuis (Alliance centriste), Jean-Marie Bockel (Gauche moderne), ou encore Jean-Christophe Lagarde (Force européenne démocrate), a réussi la gageure de réunir la plupart des chapelles centristes, à l’exception notable de François Bayrou, le président du Modem, et des centristes restés à l’UMP.

La création en parti de l’UDI, qui ressemble à l’ancienne UDF, est comparée à une opération de la dernière chance pour les centres politiques; «sinon ils disparaissaient», d’après l’aveu d’Hervé Morin devant quelques journalistes. Le but de l’UDI est simple: tout d’abord exister, devenir un «moteur pour les idées» à droite tout en «portant un message radical, notamment sur la sécurité car on peut dire des choses sans forcément courir après le FN», selon Hervé Morin, mais aussi et surtout récupérer la «marque centriste» jusqu’alors monopolisée par François Bayrou. Pour cela, les élections européennes de 2014 devraient constituer un cap pour Hervé Morin.

Place de la direction de l’UDI

Mais les difficultés sont loin d’être évacuées dans l’effervescence de la création de l’UDI. Elles tiennent en plusieurs points, à commencer par la personnalité de Jean-Louis Borloo, le président de l’UDI. S’il est considéré par Hervé Morin comme «indispensable car il est, aujourd’hui, le plus populaire dans l’opinion», ses détracteurs sont néanmoins nombreux. Ils sont en effet plusieurs, notamment dans ses rangs, à railler le manque de fiabilité, voire la cyclothymie de l’ancien super-ministre de l’Ecologie.

Deuxième écueil: la hache des égos dans la grande famille centriste n’est pas près d’être enterrée. Et cela commence par des signes en apparence anodins. Dimanche, lors du congrès, le commissaire européen Michel Barnier (UMP) va prononcer un grand discours sur l’Europe, ce qui vexe Jean Arthuis, vice-président de l’UDI chargé du projet européen, europhile depuis des lustres. Rivalités de personnalités, entre Jean-Louis Borloo et Hervé Morin, ou encore entre Hervé Morin et Jean-Christophe Lagarde, son ancien numéro 2, devenu depuis lors un ennemi juré. Ce qui fait dire à Hervé Morin qu’Yves Jégo, «qui a une tradition RPR», sera le «liant» dans la grande famille, en «levant les ambigüités qui pourraient naître» dans l’exercice du parti «car la politique rend parano».

Marge de manœuvre des différentes personnalités centristes

Troisième écueil, et non des moindres: exister tant par rapport à l’UMP, alors que le positionnement stratégique de la nouvelle UDI n’a rien de clair. Se revendiquant de centre-droit, aux côtés de l’UMP, elle ne propose toujours pas de ligne claire originale par rapport aux «grands frères» de l’UMP, actuellement monopolisés par la campagne opposant Jean-François Copé à François Fillon. Les troupes de l’UDI viennent d’ailleurs des chapelles du centre, sans avoir convaincu les centristes restants à l’UMP, à quelques exceptions près, notamment le courant de l’ancien député Louis Giscard d’Estaing, fils de l’ancien président de la République et fondateur de l’UDF. Tout le contraire du député du Nord Marc-Philippe Daubresse, pour qui la sauce UDI n’a rien d’attirant, ou de l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui n’ira pas la goûter.

La question des ambitions reste en suspens. Si Hervé Morin, sourire aux lèvres, affirme à quelques journalistes, dont 20 Minutes: «L’UDI, j’y crois, j’y crois vraiment» avec un sourire jusqu’aux oreilles affirmant le contraire, l’ancien ministre de la Défense garde un filet de sécurité en gardant intactes la structure et les finances propres de son parti Nouveau Centre, au cas où l’UDI irait se saborder. Quant aux ambitions présidentielles, elles sont loin d’être oubliées. «La présidence de l’UDI  [occupée par Borloo] n’a rien à voir avec la présidentielle de 2017», glisse Hervé Morin au détour d’une phrase, prenant l’exemple du cas de la socialiste Ségolène Royal, partie en campagne présidentielle en 2007 sans l’appui du Parti socialiste. En attendant 2017 et de nouvelles concurrences, la nouvelle Union des démocrates et indépendants a encore un peu de chemin à parcourir avant de muter en machine de guerre UDF du XXIe siècle.