Le président de l'Assemblée de Corse réservé sur la fermeté annoncée par le gouvernement

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Le président de l'Assemblée de Corse, Dominique Bucchini, a exprimé jeudi à Ajaccio des réserves sur la fermeté annoncée par le gouvernement contre la criminalité en Corse, après l'assassinat de l'avocat Antoine Sollacaro.
Le président de l'Assemblée de Corse, Dominique Bucchini, a exprimé jeudi à Ajaccio des réserves sur la fermeté annoncée par le gouvernement contre la criminalité en Corse, après l'assassinat de l'avocat Antoine Sollacaro. — Pascal Pochard Casabianca afp.com

Le président de l'Assemblée de Corse, Dominique Bucchini, a exprimé jeudi à Ajaccio des réserves sur la fermeté annoncée par le gouvernement contre la criminalité en Corse, après l'assassinat de l'avocat Antoine Sollacaro.

«Si l'on doit assister à des coups de menton, comme bon nombre de ministres de l'Intérieur, venus en Corse au lendemain d'un assassinat, en ont donné, et se retrouver après, dans deux mois, avec des assassinats aussi crapuleux, il faut faire extrêmement attention car l'opinion publique est lasse», a déclaré Dominique Bucchini à l'AFP. Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a annoncé qu'il se rendrait en Corse début novembre avec sa collègue de la Justice, Christiane Taubira.

«Il n'y a plus qu'à tuer un curé et la boucle sera bouclée!»

Pour le président communiste de l'assemblée territoriale, «on a atteint l'irréparable et il faut que cela s'arrête, à condition que les pouvoirs publics prennent la mesure de ce qu'il faut faire». «On a fait le tour de tout: on a tué des femmes, des élus, on a tiré sur des enfants. Il n'y a plus qu'à tuer un curé et la boucle sera bouclée!», a-t-il dit.

Pour «éradiquer cet état de fait», Dominique Bucchini a mis en garde «contre la démagogie et le populisme (envers) le peuple corse, comme le peuple français, car cela nous n'en voulons pas.» Après l'annonce par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault de l'élaboration d'une «directive de politique pénale spécifique» à la Corse, il a estimé que «s'il s'agit de propositions de coordination pour améliorer les choses, car je suppose qu'il y a des rapports parfois tendus entre police, justice et gendarmerie, cela peut aller dans le bon sens».*

«S'attaquer aux racines du mal»

Il s'est toutefois montré réservé sur le caractère «spécifique» de nouvelles mesures. «Je demande à voir, a-t-il dit, il faut se méfier (...) car il faut en même temps s'attaquer aux racines du mal». Pour Dominique Bucchini, «il est nécessaire de lutter fortement contre la spéculation immobilière, bien contrôler l'entrée d'argent sale dans l'économie insulaire et bien prendre en compte la situation sociale» de l'île.

Il a rappelé à cet égard que la Corse est «la région (à égalité avec Paca) la plus précaire de France, celle où il y a le plus d'inégalités (ex aequo avec l'Ile-de-France), qu'elle détient le record du nombre de suicides et qu'elle occupe le dernier rang en matière de formation professionnelle des jeunes». Aussi a-t-il préconisé l'adoption d'un «plan sur 15 ou 20 ans» en rapport avec la collectivité territoriale et les collectivités locales «pour créer un véritable sursaut collectif dont le peuple corse est capable pour vivre en paix et en démocratie».