Mariage homosexuel: «Je ne veux pas qu'on nous accuse d'avoir fait le travail comme des sagouins»

INTERVIEW Jean-Jacques Urvoas, président socialiste de la commission des lois, explique à «20 Minutes» sa demande de reporter l'examen à l'Assemblée nationale du projet de loi sur le mariage homosexuel...

Propos recueillis par Faustine Vincent

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HALEY / SIPA

Vous avez demandé au gouvernement un report de l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi sur le mariage pour tous. Pourquoi?

C’est un problème de calendrier. Selon le calendrier actuel, nous n’avons que 15 jours, entre le 15 et le 30 novembre, pour faire les auditions. Or nous croulons sous les demandes.

Combien en avez-vous eues?

Nous avons actuellement sept pages de demandes d’audition, soit environ 80 organismes! Vu l’ampleur du sujet et le nombre de ces demandes, auxquelles il est légitime de répondre, nous avons besoin des mois de novembre et décembre pour travailler correctement. Le gouvernement a commencé à travailler en juillet sur le texte. Pourquoi le Parlement n’aurait-il, lui, que 15 jours? J’aimerais aussi que l’on crée des rendez-vous le jeudi après-midi où les auditions soient publiques, et qu’il n’y ait pas seulement le rapporteur dans son bureau.

A quand souhaitez-vous reporter l’examen du projet de loi?

Pas avant fin janvier. Si le gouvernement me donne son accord pour cette date, le délai sera respecté.

Redoutez-vous que votre demande soit perçue comme une reculade?

Il ne s’agit pas d’un report mais d’un décalage. Je ne veux pas de mauvaise interprétation. Il s’agit d’être à la hauteur du chantier, et de pouvoir travailler correctement. Je suis sur la mécanique, pas sur le fond. Quand le Parlement bâcle son travail, personne n’en profite.

Les crispations s’accentuent à l’approche de la présentation du texte en conseil des ministres, le 31 octobre. Des opposants au projet de loi accusent le gouvernement d’agir dans la précipitation et de couper court au débat. Votre demande vise-t-elle aussi à répondre à ces critiques?

Ce n’est pas l’objet, mais si cela donne plus de temps au gouvernement pour convaincre, tant mieux. Il faut toujours prendre le temps de la discussion. Peu de sujets ont cette importance. Ce projet de loi bouscule beaucoup de choses, et je ne veux pas qu’on nous accuse d’avoir fait le travail comme des sagouins.

Certains réclament un référendum sur la question. Que répondez-vous?

Non. Le président a été élu sur des engagements clairs. Nous allons les accomplir, et si cela ne convient pas aux Français, ils pourront s’exprimer lors de la prochaine élection présidentielle.

Quelle est votre position sur ce texte?

Je signe des deux pieds et des deux mains.

Et sur la Procréation Médicale Assistée (PMA)?

Ce n’est pas dans le texte. Je n’ai pas eu le temps de regarder cet aspect. J’en vois les enjeux mais je n’ai pas de philosophie là-dessus.

Quel écho votre demande de «décalage» du calendrier a-t-elle rencontré au gouvernement?

J’ai cru comprendre qu’il était réceptif. La réponse tombera sans doute mardi prochain.