Pourquoi DSK parle-t-il maintenant?

POLITIQUE L'ex-patron du FMI s'est exprimé sur les affaires en cours et s'est livré à un mea culpa a minima sur sa vie privée...

Maud Pierron
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Dominique Strauss-Kahn lors de la conférence anuelle «Yalta European Strategy», en Ukraine, le 14 septembre 2012
Dominique Strauss-Kahn lors de la conférence anuelle «Yalta European Strategy», en Ukraine, le 14 septembre 2012 — Efrem Lukatsky/AP/SIPA

Cela faisait plus d’un an, depuis le 18 septembre au JT de TF1 plus précisément, que Dominique Strauss-Kahn n’avait pas parlé. L’ex-patron du FMI, toujours poursuivi au civil aux Etats-Unis dans l’affaire du Sofitel, a décidé de briser ce long silence dans une interview accordé au Point à paraître jeudi et dans un entretien à BFMTV, en marge d’une conférence à Séoul où il dissertait sur les taux de la zone euro.

Il fallait attendre «que la route soit dégagée»

Dans l’hebdomadaire, DSK assure que ce qui s’est passé dans la suite 2806 de Sofitel «ne tombe pas sous le coup de la loi» et que «le reste ne regarde personne». Il assume également sa vie libertine et reconnait qu’il s’est trompé en pensant pouvoir «mener la vie personnelle comme [il] l’entendai[t] sans incidence sur l’exercice de [ses] responsabilités». Un mea culpa a minima mais qu’il n’avait encore jamais consenti. Il se permet également de taper du point sur la table: «Je ne supporte plus qu'on s'arroge le droit d'abuser de ma situation et des enquêtes judiciaires qui me visent -à tort- pour bafouer ma vie privée et en livrer aux quatre vents des lambeaux réels ou inventés, au prétexte de je ne sais quelle transparence moralisatrice. Qu'on me laisse tranquille!»

Ces déclarations interviennent alors que sa séparation avec Anne Sinclair a été actée et une semaine après que l’accusation pour viol soit abandonnée dans l’affaire du Carlton.  «Il fallait bien qu’il sorte du bois un jour.  Mais pour le faire, et surtout pour taper du poing sur la table comme il le fait, il ne pouvait pas parler avant que la route soit un minimum dégagée», note Arnaud Mercier, prof de communication politique à l’université de Lorraine. Des accusations que DSK rejettent, tout comme celle pour proxénétisme aggravé, toujours dans l‘affaire du Carlton, et pour laquelle il est toujours mis en examen.

«Une manière de banaliser DSK»

Deux interview coup sur coup, DSK prépare-t-il un plan retour? Dans son entourage, on jure qu’«il n’y a pas de plan com’, comme il n’y pas de plan de retour».  «Il a voulu que les gens comprennent sa vérité, c’est un élément de clarification», assure-t-on. «Il faut purger certains éléments, faire acte de contrition, un peu comme Bill Clinton après l’affaire Lewinsky, s’il veut retrouver une aptitude à prendre la parole en public sans être stigmatisé comme, a minima, le dragueur lourdaud comme à Oxford», reprend Arnaud Mercier. Et comme l’ancien président des Etats-Unis, reprendre un rôle, même au second plan, dans la vie politique?

Probablement pas puisque DSK semble avoir fait un trait sur la vie politique à proprement parler. «Je ne suis plus un politique mais pas non plus un "people"», dit-il notamment au Point. «Il n’a pas d’autre choix que de le dire, il tourne la page de la politique, mais c’est une vraie prise de conscience», juge Arnaud Mercier pour qui l’ex-ministre des Finances n’a aucune chance de faire un retour dans l’opinion. Après cette soudaine surexposition médiatique, il est probable qu’il se fasse à nouveau discret car tout n’est pas effacé par ces deux interviews, analyse-t-il. «Son retour n’est pas possible. Il incarne une période bling-bling dont les Français ne veulent plus entendre parler. Les médias sont intéressés, lui-même l’est probablement, mais les Français ne sont plus dans cette séquence», estime de son côté Stéphane Rozès, politologue et président de Conseil analyses et perspectives (CAP).

Et si, tout simplement, il s’agissait pour DSK de percer l’abcès médiatique pour mener au mieux sa nouvelle vie. Cette prise de parole, «c’est une manière de banaliser DSK, de dire: ‘foutez-moi vraiment la paix’»