Jean-François Copé, ou la «droite décomplexée»

POLITIQUE Le candidat à la présidence de l'UMP utilise le concept lancé par Nicolas Sarkozy pour s'imposer face à François Fillon...

Anne-Laëtitia Béraud
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Etre le chantre de la «droite décomplexée»: Alors que son adversaire, François Fillon, mène la course dans la campagne pour la présidence de l’UMP, sous la bannière du «rassemblement de la droite et du centre», Jean-François Copé multiplie, depuis la publication de son livre-programme Manifeste pour une droite décomplexée, les phrases chocs et clivantes au nom d’une «droite décomplexée».

La droite libérée du complexe d’infériorité est définie par Jean-François Copé comme «républicaine, moderne, libérée du politiquement correct, cet ordre établi par la gauche bien-pensante pour assurer sa domination», écrit-il en avant-propos de son livre. Le député-maire de Meaux n’invente néanmoins pas le concept qui a été lancé par Nicolas Sarkozy - alors secrétaire général du RPR- à la fin des années 1990 pour se libérer de la honte supposée de se revendiquer de droite.

Flirt avec l’extrême droite

Au nom de cette «droite décomplexée», la campagne de Jean-François Copé semble imiter les dernières semaines de campagne de Nicolas Sarkozy, hantées par le thème de l’immigration et de la sécurité. Dans son manifeste, Jean-François Copé dénonce le «racisme anti-blanc qui se développe dans nos quartiers», avant d’établir un lien entre voyou et musulmans. En réunion publique à Draguignan (Var) vendredi, où le Front national a fait de bons scores lors de la présidentielle, Jean-François Copé a ainsi narré une anecdote de son livre, celle d'un enfant qui se «fait arracher son pain au chocolat par des voyous qui lui expliquent qu'on ne mange pas pendant le ramadan».

«En affirmant vouloir faire sauter les tabous, Jean-François Copé flirte, mais sans le dire haut et fort, avec un certain nombre de choses qui ont trait à l’extrême droite», note le professeur de linguistique Jean Véronis, qui estime qu’entre le concept lancé par Nicolas Sarkozy et la reprise par Jean-François Copé, «le contexte a bien changé». En «flirtant» avec les thèmes de l’extrême droite, Jean-François Copé souhaite attirer les militants UMP -appelés à voter le 18 novembre pour le président du parti- les plus sensibles à un rapprochement avec le Front national. Selon un récent sondage, 30% des sympathisants sont favorables à un rapprochement avec le parti de Marine Le Pen, alors qu’ils étaient 66% à être favorables à des alliances entre les deux partis pour faire battre la gauche lors des dernières législatives.

Du côté de l’extrême droite, la reprise du thème du «racisme anti-blanc», et donc de l’identité blanche à protéger de ce racisme, apparaît comme une reconnaissance, même s’ils critiquent les «visées électoralistes» du candidat. Alors que les groupuscules Œuvre française et Jeunesses nationalistes martèlent le message du racisme anti-blanc, le Bloc identitaire vient de «saluer à sa manière» Jean-François Copé, samedi dernier à Meaux. Dans un communiqué, le groupe estime que «Jean-François Copé a brisé un tabou politico-médiatique en abordant le sujet du racisme anti-blanc (…) il a ouvert une nouvelle ère : dorénavant, le racisme anti-blanc est une composante du débat public qui ne pourra plus être éludée.» Pas sûr cependant que ce «salut» de ce groupe extrême ait tellement été apprécié par l’intéressé.