Entre «dédiabolisation» et limites, le Front national à la croisée des chemins

POLITIQUE Le Front national, fondé par Jean-Marie Le Pen, fête ses 40 ans...

Anne-Laëtitia Béraud

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Marine Le Pen votait à Hénin-Beaumont au premier tour des législatives le 10 juin 2012.
Marine Le Pen votait à Hénin-Beaumont au premier tour des législatives le 10 juin 2012. — M. LIBERT / 20 MINUTES

Qu’est devenu le Front national, 40 ans après la fondation par Jean-Marie Le Pen, le 5 octobre 1972, de ce qui n’était alors qu’un groupuscule? La formation, aujourd’hui présidée par sa fille Marine, est devenue la troisième force politique nationale tout en restant hors de l’exercice du pouvoir, et semble à la croisée des chemins.

Depuis la présidence de Marine Le Pen, initiée en 2011, le parti connaît une mutation, se lance dans une entreprise de «dédiabolisation», selon les termes de la dirigeante. Arrivée de nouveaux électeurs venus de la droite et de la gauche populaires, percée du côté des jeunes et des femmes, renouvellement par strates de la direction du parti, la formation prospère en troupes. Ce renouvellement est concomitant aux résultats électoraux, Marine Le Pen obtenant à la dernière élection présidentielle 17,9% des suffrages exprimés au premier tour. Elle ne réussit néanmoins pas le coup de son père Jean-Marie Le Pen, présent au second tour de la présidentielle de 2002 face à Jacques Chirac.

La main sur l’agenda médiatique

Avec le changement de génération s’efface des obsessions rhétoriques du père, soit un corpus de référence à la guerre 1939-1945, au nazisme et à l’antisémitisme. Le communisme, l’Algérie française et la figure autrefois honnie du général de Gaulle sont moins prégnantes, voire évoluent. A l’inverse, et alors que la situation économique du pays est déprimée, les thèmes d’un «mondialisme» contre le nationalisme, du combat contre le «fondamentalisme» musulman au nom de la laïcité, de la défense des «sans grades» oubliés de la crise sont martelés. Le champ lexical évolue, sans remettre en cause les fondamentaux sur la sécurité, l’immigration, le poujadisme et la critique d’une technocratie.

Preuve de son influence, le parti dicte «l’agenda médiatique» quand il lance des polémiques sur la viande halal durant la campagne présidentielle, ou sur le port du voile et de la kippa dans la rue. Sa formule «racisme anti-blanc» est même reprise par le candidat à la présidence de l’UMP Jean-François Copé dans son livre-programme Manifeste pour une droite décomplexée. Nouveaux mots, rajeunissement et nouvelle communication, le Front national n’en garde pas moins des limites. En 40 ans d’existence, et malgré des succès électoraux, le parti n’a pas exercé le pouvoir à de hautes fonctions.

Liaisons dangereuses

Deux parlementaires frontistes siègent actuellement à l’Assemblée nationale (sur 577) -dont un non encarté, Gilbert Collard- après un groupe d’élus de 1986 à 1988, à la faveur du vote à la proportionnelle. Si quelques villes moyennes ont été dirigées par des frontistes, elles ont toutes par la suite basculé à droite ou à gauche, et ont pu avoir eu affaire avec la justice. Par ailleurs, le caractère républicain du parti est régulièrement contesté par les autres formations politiques qui tendent à marginaliser le parti. Les électeurs frontistes sont néanmoins fermement courtisés par l’UMP, mais aussi par le PS. Des partis de gouvernement auxquels le Front national ne ressemble pas, le parti refusant par principe toute alliance pour accéder au pouvoir, ce qui tend à son exclusion politique. Situation paradoxale puisque ce même exercice du pouvoir est réclamé publiquement par Marine Le Pen.

Concernant son futur, la question des alliances entre FN et UMP est régulièrement posée. Selon un sondage OpinionWay pour Le Figaro paru ce jeudi, 30% des militants UMP souhaiterait une alliance avec le FN. Aux dernières élections législatives, ils étaient 66%, selon un sondage Ipsos à vouloir des accords de désistements avec le FN pour faire battre la gauche. Quelque soit le pourcentage exact (et fluctuant) de personnes favorables à un rapprochement des deux formations, la direction de l’UMP est contre. Et les positions des deux partis, tant sur l’Union européenne, l’euro, la «priorité nationale» que les retraites sont opposées. En outre, une alliance entre le FN et l’UMP provoquerait l’effondrement du principal parti d’opposition de droite… Une dégringolade voulue par Marine Le Pen qui prédit une «explosion de la droite» avant une réorganisation autour de sa personne et son projet. Pas sûr qu’à l’UMP, on vise l’auto-destruction.

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