Mariage gay: Un maire UMP craint des «dérives» comme «la pédophilie» et crée la polémique

RÉACTIONS rançois Lebel a précisé qu'il ne procèdera «personnellement, à aucun mariage de cette nature»...

Enora Ollivier avec C.C.

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François Lebel, maire UMP du 8e arrondissement de Paris, le 2 février 2008 à Paris.
François Lebel, maire UMP du 8e arrondissement de Paris, le 2 février 2008 à Paris. — JEAN AYISSI / AFP

L’UMP se montre quelque peu gênée ce mercredi, après la sortie homophobe de François Lebel, maire du 8e arrondissement de Paris qui a associé mariage homosexuel et «pédophilie» ou «inceste».

«Si le tabou immémorial du mariage hétérosexuel vient à sauter, qui et quoi s'opposera désormais à ce que d'autres tabous le concernant, bien moins anciens, bien moins universels, ne tombent à leur tour?» écrit l’élu, dans l’édito du journal municipal. «Par exemple: comment s'opposer demain à la polygamie en France, principe qui n'est tabou que dans la civilisation occidentale?», s’interroge-t-il. «Pourquoi l'âge légal des mariés serait-il maintenu? Et pourquoi interdire plus avant les mariages consanguins, la pédophilie, l'inceste qui sont encore monnaie courante dans le monde?». François Lebel précise ensuite qu’il ne célèbrera «personnellement, aucun mariage de cette nature».

«Amalgames indignes»

Appelé à réagir ce matin sur France Inter, François Fillon a d'abord refusé de condamner ces propos, jugeant que «dans le climat politique, social, économique qui est le nôtre», «le président de la République et le Premier ministre feraient bien de réfléchir à deux fois avant d'ouvrir ce débat [sur le mariage homosexuel]». Le candidat à la présidence de l'UMP a toutefois corrigé, quelques heures plus tard, et a«condamné les propos de François Lebel sur le mariage homosexuel qui n'ont pas leur place dans ce débat». «Il faut un débat respectueux», a ajouté l'ex-Premier ministre sur sa page Facebook.

Son adversaire dans la course à la présidence de l'UMP, Jean-François Copé, a rappelé l'engagement du parti «contre tous les comportements ou les propos à caractère homophobe». Philippe Goujon, président de la fédération UMP de Paris, s’est lui aussi désolidarisé du virulent écrit de l’élu. «Je considère que François Lebel s'exprime à titre personnel et qu'il n'engage en rien l'UMP dans ses déclarations excessives et caricaturales, qu'il aurait mieux fait de ne pas tenir», a-t-il déclaré à l’AFP. Le député de Seine-et-Marne Franck Riester a renchéri sur Twitter, dénonçant des «amalgames indignes d'un élu de la République».

«Une droite parisienne tellement conservatrice qu’elle en est vulgaire»

«Avec (ces) propos de Monsieur Lebel, on est renvoyé à un certain visage de la droite parisienne qu'on avait tendance à oublier: tellement conservatrice qu'elle en est vulgaire», a réagi David Assouline, le porte-parole du Parti socialiste dans un communiqué

Bertand Delanoë, le maire PS de Paris a quant à lui fait part de sa «consternation» après l'édito de l'élu. «L’assimilation d’une union librement consentie à des crimes tels que l’inceste ou la pédophilie excède très largement le cadre du débat républicain», poursuit-il, jugeant qu'«elle constitue à la fois une faute morale et répréhensible sur le plan pénal». Avant lui, sa première adjointe Anne Hidalgo avait critiqué les «propos consternants de François Lebel» qui «sont à l'image de la droite parisienne : archaïques, déconnectés des attentes et de la vie des Parisiens».

Pour sa part, la ministre du Droit des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, a qualifié d'«insultant» l'éditorial de François Lebel, critiquant des «propos irresponsables» qui «alimentent le rejet, les stigmatisations et les violences dont sont victimes les homosexuels et leurs familles aujourd’hui.» Selon elle, «les Français, quelle que soit leur orientation sexuelle, sont des citoyens, et à ce titre prétendent légitimement au bonheur d'un projet de couple reconnu par le mariage et d'un projet de famille juridiquement sécurisé et protégé.» «Le débat public mérite mieux que les tentatives désespérées de diabolisation», conclut la ministre dans un communiqué.