Traité budgétaire: Ayrault dramatise l'enjeu du vote, la droite moque «le psychodrame» au sein de la majorité

POLITIQUE Il a dit «entendre les doutes» des députés socialistes hostiles au texte...

M.P. avec Reuters

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Jean-Marc Ayrault, Premier ministre.
Jean-Marc Ayrault, Premier ministre. — SIPA

Jean-Marc Ayrault a exhorté mardi les élus de gauche à considérer le traité budgétaire européen comme une «étape essentielle» pour réorienter l'Europe vers la croissance et éloigner le spectre d'un effondrement de la zone euro. Le Premier ministre s'est adressé aux récalcitrants de son camp devant l'Assemblée nationale en expliquant que ce texte, loin de condamner l'Europe à l'austérité, lui ouvrait au contraire de «nouvelles frontières». 

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«Oui, l'Europe doit s'engager dans de nouveaux combats, dans de nouvelles frontières. Si elle en a la volonté, elle en a la capacité», a-t-il lancé dans une intervention d'une demi-heure aux accents de discours de politique générale européenne, qui devait être suivie d'un débat sans vote. Les chantiers en cours -de l'éducation à la défense des services publics en passant par la lutte contre la spéculation- ont constitué le corps du discours, que le Premier ministre a émaillé d'appels à la mobilisation de ses troupes.

UMP et centristes, un secours gênant pour le gouvernement

Approuver ce traité, «cela exige du courage, mais vous en avez, cela exige de l'audace, mais vous en avez, a-t-il dit en conclusion. Ne passons pas à côté de cette chance historique.» Malgré quelques votes rebelles chez les écologistes et à la gauche du Parti socialiste, l'exécutif espère faire adopter le texte à l'Assemblée avec les seules voix de gauche lors du vote solennel prévu mardi prochain.

Les centristes et l'opposition de droite voteront eux massivement la ratification d'un texte hérité du quinquennat de l'ancien président UMP Nicolas Sarkozy. «Nous le ferons car nous assumons les choix de Nicolas Sarkozy et les choix de la majorité d'hier. Nous le ferons en définitive pour éviter à la France d'être la risée de l'Europe», a déclaré le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Christian Jacob, raillant les divisions des socialistes et celle entre socialistes et écologistes. Le psychodrame qui se joue dans votre majorité affaiblit notre pays en Europe», a-t-il ajouté.

Dramatisation du vote

Bousculé dans son propre camp, Jean-Marc Ayrault a dit «entendre» les arguments des détracteurs du texte. «J'entends! J'entends les doutes, certains bruyants, d'autres silencieux. Je compte parmi les hésitants quelques amis. Je ne leur jette pas la pierre», a-t-il dit. Il n'a pas manqué de dramatiser l'enjeu d'un vote négatif qui ébranlerait une zone euro déjà en crise. «La conséquence d'un vote négatif de notre pays, ce serait, vous le savez bien, une crise politique et l'effondrement de l'union monétaire», a dit le Premier ministre.

Mais pour la «gauche de la gauche», ces arguments sont vains. «Ce traité n'est rien d'autre, au mot près, que le texte signé par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, véritable camisole contre la souveraineté des peuples et des nations, et générateur d'austérité renforcée», a dit le communiste Alain Bocquet. 

La fronde de la majorité parlementaire constituerait un camouflet majeur du début de quinquennat du chef de l'Etat socialiste. «Formellement, vous allez être appelés à voter sur la ratification du traité. Mais à travers votre vote, c'est sur la réorientation de l'Europe [voulue par François Hollande] que vous vous prononcerez», a insisté Jean-Marc Ayrault. «Nous devons inventer les Airbus de demain, éliminer les freins à l'innovation, relever le défi de la compétitivité. L'Europe doit se doter d'une grande politique industrielle, qui ne peut se réduire aux règles de la concurrence», a-t-il encore plaidé.