Jean-Luc Mélenchon: «Hollande n'a rien changé au traité, il a tout accepté!»

INTERVIEW Tous dans la rue dimanche contre le traité budgétaire européen. C’est le mot d’ordre du leader du Front de gauche. Il explique pourquoi à «20 Minutes»...

Propos recueillis par Maud Pierron

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Jean-Luc Mélenchon, le 25 septembre, dans un café du 19e arrondissement de Paris.
Jean-Luc Mélenchon, le 25 septembre, dans un café du 19e arrondissement de Paris. — V. WARTNER / 20 Minutes

Les écologistes voteront «non» au traité, vous êtes heureux ?
Oui, et je suis d’autant plus impressionné qu’ils ont fait l’objet de pressions et pas des plus reluisantes. Leur vote va avoir un effet en cascade: pour la gauche du PS, il devient difficile de s’abstenir ou de voter pour. Et ainsi viennent de se créer les contours d’une majorité alternative avec les socialistes de gauche, les Verts et le Front de gauche (FG).

Hollande et le gouvernement assurent que le traité a été renégocié. Ils mentent?
Bien sûr! S’il a renégocié, il doit nous dire quel mot, quelle virgule a été changée. Ils ne peuvent pas démontrer ce qu’ils disent. Alors ils parlent du pacte de croissance de 120 milliards d’euros. Ils se moquent du monde: cette somme était déjà au budget de l’UE. Hollande n’a rien changé, il a tout accepté! Et il essaie de dire que c’est différent. Ce n’est ni loyal ni correct. Ce que je lui reproche essentiellement, c’est d’avoir dilapidé la force qu’il avait après l’élection en faisant une session extraordinaire pour presque rien, en allant faire des minauderie au Medef, en cédant tout dans les réunions internationales.

Vous êtes un électeur déçu de Hollande?
Pas du tout car je n’avais aucune illusion. Nous nous sommes débarrassés de Sarkozy. Hollande est élu, bravo, mais c’est grâce à nous. Hollande n’a pas compris que la société ne lui était pas acquise d’avance. Il faut lui proposer un horizon. Là, il y a juste une idée comptable: rétablir l’équilibre en comprimant les dépenses. Résultat, on a une ambiance de sinistrose.

La crise est dure…
Mais la crise ce n’est pas la grêle ou la neige, on y peut quelque chose! Ce qui est terrible, c’est que les dirigeants de toute l’UE sont d’accord sur la même politique qui produit partout  des effets désastreux: contraction de l’activité, augmentation du chômage, accélération de la dette. Il faut tout faire pour ramener au réel des dirigeants qui pensent que l’austérité est une bonne politique.

C’est le sens de l’appel à manifester contre le traité?
Le premier élément, c’est un devoir civique qui consiste à dire: «Intéressez-vous à ce qui arrive». Le deuxième élément, c’est de marquer un rapport de force: les «nonistes» sont toujours là, les «oui ouistes» ne peuvent pas faire leur tambouille entre eux comme ils le pensaient. Le troisième élément, c’est de donner un signal à l’Europe. Enfin, c’est un avertissement au pouvoir de gauche. S’ils pensaient faire ce qu’ils voulaient pendant cinq ans, ils se trompent! Ils refusent le référendum car ils savent que le peuple ne veut pas du traité. Affronter les siens pour voter avec la droite, ce n’est pas très glorieux. Avec les syndicats et des associations, nous créons un front commun contre l’austérité pour préparer la phase suivante.

C’est quoi? Mener le combat du premier opposant?
Opposant, non. Ce que je rejette dans ce mot, ce n’est pas la conflictualité avec les socio-libéraux, je l’assume. Mais le statut d’opposant signifie qu’on a perdu, or nous somme les ayants droit de la victoire. Le chef de l’Etat a donné rendez-vous dans deux ans. D’ici là, notre devoir est de dire qu’on peut faire autrement. On est entré dans une époque de bruits et de fureur. Moi, ce que je veux propager, c’est un état d’esprit optimiste, dire qu’on n’est pas condamnés. La démocratie, ce n’est pas seulement les jours de vote, c’est tous les jours.