Corinne Lepage: «Il y a une irresponsabilité organisée sur les OGM»

INTERVIEW L'eurodéputée, ex-ministre de l'Ecologie revient sur la polémique concernant les OGM à l'occasion de la sortie de son livre «La vérité sur les OGM, c'est notre affaire!»...

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

— 

Corinne Lepage, candidate à l'élection présidentielle, présidente de Cap21, le 30 janvier à Paris.
Corinne Lepage, candidate à l'élection présidentielle, présidente de Cap21, le 30 janvier à Paris. — V. WARTNER/20 Minutes

L'ancienne ministre de l'Ecologie Corinne Lepage est présidente d'honneur du Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (Criigen). Une association dont fait partie le professeur Gilles-Eric Séralini qui a mené une étude conduite sur des rats nourris avec du maïs OGM (organisme génétiquement modifié), et dont les résultats semblent montrer un développement anormal de tumeurs sur ces rats. L'eurodéputée, qui a suivi tout du long l'expérience scientifique, publie un livre* le 21 septembre sur cette expérience et les «leçons à en tirer». 20 Minutes a voulu en savoir plus...

Comment réagissez-vous quand le Premier ministre affirme ce mercredi, à la suite de l’étude du professeur Séralini, que si «le danger des OGM est vérifié, Paris défendra leur interdiction dans toute l’Europe»?

C’est une réaction saine. Il y a un besoin de vérification sur les OGM et il faut tirer des conséquences si le risque est confirmé. Je trouve cela très bien que cette question soit mise sur la table.

De nombreuses critiques, notamment en provenance des Etats-Unis, sont aujourd'hui adressées à cette étude. Comment réagissez-vous?

Personne n’a fait cette étude scientifique sur une durée de deux ans, avec tous ces paramètres. Ma question est: pourquoi n’a-t-on jamais fait d’études comme celle-là avant? Pourquoi s’être contenté d’études sur trois mois, des études qui affirment que les OGM n’ont aucun effet clinique? 

Vous qualifiez la Commission européenne «d’alliée politique des fabricants d’OGM». Pourquoi?

La Commission de José Manuel Barroso souhaite le développement des OGM, c’est une réalité publique. Ce n’est pas une insulte, c’est un fait. 

Pourquoi critiquez-vous l’«irresponsabilité des ministres, commissaires [européens] et directeurs d’agences [sanitaires]»?

Il y a une irresponsabilité organisée sur les OGM. On a laissé les Européens consommer des OGM sans avoir jamais fait d’études de toxicologie à long terme. Ce n’est pas responsable. C’est la faute première de Monsanto, mais derrière, il y a eu un accord avec les agences. C’est inadmissible. 

>> L'interview de l'un des scientifiques ayant participé à cette expérience sur un OGM

Vous appelez à une «réforme de l’expertise» concernant les OGM. Que voulez-vous dire?

Il y a besoin d’expertises contradictoires sur les OGM, d’expertises plurielles et pluridisciplinaires. Contradictoires, c’est-à-dire que différents points de vue doivent pouvoir s’affronter.

Dans votre livre, vous établissez des parallèles entre les producteurs d’OGM et les fabricants de cigarettes. N’est-ce pas un parallèle un peu provocateur?

Je parle de similitudes de comportement, avec la volonté de cacher les choses. Par contre, je n’ai pas dit que les OGM, comme la cigarette, tuaient. C’est un comportement qui me paraît avoir des ressemblances.

Vous détaillez le secret permanent qui a animé la recherche de l’équipe du professeur Gilles-Eric Séralini. Pourquoi?

Premièrement, tant que vous n’avez pas fini une étude scientifique, vous ne publiez pas. Ensuite, pour les OGM, on a vu que certains professeurs étaient poursuivis par Monsanto pour mettre un terme à leurs recherches. Donc s’ils voulaient aller jusqu’au bout, ce ne pouvait se faire que dans le secret.

Comment avez-vous réussi à réunir les fonds de cette recherche (plus de 3 millions d’euros) sans financement public?

Il y a un tout petit financement public, qui vient de la Recherche, mais c’était très peu. L’essentiel des ressources a été fourni par deux fondations, la fondation Charles Léopold Mayer pour le progrès de l’Homme, et le Ceres, une fondation qui regroupe des grands de l’agro-alimentaire [dont les enseignes Carrefour et Auchan ndlr]. En finançant cette étude, ces derniers ont voulu savoir si ce qu’ils vendaient à leurs clients étaient sans problème. Mais je rappelle que nous n’avons eu aucun lien de dépendance entre le financement et l’étude elle-même.

Vous rappelez qu’en Europe, 0,1% du territoire est cultivé en OGM, contre 8% dans le monde. La question des OGM nous touche-t-elle vraiment?

La question de l’étude du professeur Gilles-Eric Séralini n’est pas la mise en culture, la pollution des sols, mais l’impact sur la santé, avec un point d’interrogation. Et sur la santé, ce qui est vrai pour les Européens est vrai pour les Américains et les Africains. Nous sommes tous logés à la même enseigne.

*«La vérité sur les OGM, c'est notre affaire!», éd. Charles Léopold Mayer. 8 euros.