PS: Le bon bilan de Martine Aubry terni par une sortie ratée

Matthieu Goar et Maud Pierron

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Martine Aubry lors de son discours de clôture de l'université d'été de La Rochelle, le 26 août 2012.
Martine Aubry lors de son discours de clôture de l'université d'été de La Rochelle, le 26 août 2012. — DUPUY/NOSSANT/SIPA

Martine Aubry ne cesse de le répéter: depuis qu’elle a pris les rênes du PS, la rue de Solferino a changé. «Je me rappelle ce que l’on nous disait il y a quatre ans sur le PS. Un grand cadavre à la renverse… Ah, il avait fait son temps notre parti…» ironise-t-elle souvent lors de ses discours en faisant référence au livre critique de Bernard Henri-Lévy. Même satisfecit en privé où la maire de Lille plaisante. Son départ du secrétariat? «La fin des travaux d’intérêts généraux» pour lesquels on devrait lui attribuer «la médaille du mérite du PS».

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D’un point de vie comptable, difficile de lui donner tort. Balayé à la présidentielle de 2007 et miné par les luttes fratricides en 2008, le PS a conquis le Sénat, l’Elysée puis l’Assemblée nationale. Toujours sous son impulsion, les primaires ouvertes ont réuni plus de 3 millions de personnes et l’UMP devra sans doute s’en inspirer. Le fruit d’un travail de rénovation en profondeur, répète son entourage. «On ne peut pas la dissocier de tout ce qu’il s’est passé en 2012. Personne ne doit l’oublier», rappelle  un de ses proches. Et tant pis si elle n’était pas vraiment favorable aux primaires et qu’elle s’est régulièrement opposée à Arnaud Montebourg, le «chevalier blanc» de la rénovation. Seules les victoires comptent.

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Ok pour le bilan. Mais la sortie d’Aubry restera ternie par les récentes tensions autour de sa succession. Une période où le PS, loin d’être «rénové»,  a renoué avec ses vieux démons. Posté au-dessus de son parti, le président de la République  avait pourtant décidé de laisser les mains libres à la Première secrétaire. «Il y avait une certaine forme d’élégance à le faire…» explique le conseiller d’un ministre avant de se montrer plus pragmatique: «Mais bon, Hollande voulait juste qu’elle quitte le poste. Selon lui, il ne fallait surtout pas l’agacer en intervenant dans ses derniers choix.»

Aubry prend les choses en main et prône l’unité du parti en signant avec Jean-Marc Ayrault une Contribution censée rassembler toutes les voix du parti. Accessoirement, le joli coup permet également de couper l’herbe sous le pied aux autres ténors.  Mais  les ministres s’énervent, la gauche du parti trépigne. Comme si cette grande connaisseuse du PS avait sous-estimé la pérennité des courants. «Pas du tout. Au contraire, grâce à cela on a peut-être  eu trois jours de bordel mais on a évité plusieurs semaines de tensions avant le Congrès», estime un de ses partisans.  Pas vraiment l’avis des  Hollandais historiques qui répètent que cette façon de faire lui permet de placer ses amis. «Je ne vais pas vous apprendre qui est Martine Aubry… Entre ce qu’elle dit et ce qu’elle fait», soupire un député hollandais.

Les adieux de Martine

Du coup, les négociations s’enlisent. L’annonce de son successeur est retardée. Certains parlent de «coteries», d’autres d’un processus à la «nord-coréenne». A tel point que le week-end dernier, elle est obligée de renoncer à placer son premier choix, Jean-Christophe Cambadélis. Ce qui ne calme pas les ardeurs de son entourage. «Cela s’est passé exactement comme avec la composition du gouvernement: comme elle n’avait pas eu Matignon, elle a exigé quatre postes pour ses proches. Là, on lui impose Désir, elle se venge sur les postes annexes», critique un hollandais. D’autres sont plus nuancés: «J’ai surtout l’impression qu’elle avait vraiment envie de prendre le large mais que ses proches continuaient à agir en son nom.»

A Toulouse, Martine Aubry quittera son poste, heureuse de retrouver sa mairie de Lille. Souvent, elle dit attendre ce moment avec impatience. Et certains de ses proches attendent déjà son retour. «Elle va prendre le large quelques mois. Mais elle est une personnalité incontournable de la gauche. Sa voix doit encore peser», explique l’un d’entre eux qui l’imagine déjà Premier ministre avant la fin du quinquennat.