Harlem Désir: Portrait d'un anti-raciste à la tête de Solférino

POLITIQUE Regardé de haut par de nombreux dirigeants, l'ancien président de SOS Racisme sera le prochain Premier secrétaire élu au Congrès de Toulouse...

Matthieu Goar

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Harlem Désir, le 25 août 2012, à La Rochelle.
Harlem Désir, le 25 août 2012, à La Rochelle. — J. P. MULLER / AFP

Il n’était pas le premier choix de Martine Aubry. Politiquement,  il y avait trop peu de points communs entre eux. Humainement, trop de rancunes depuis les primaires... Sauf qu’au PS, même après un printemps de victoires, rien n’est jamais simple. Surtout quand les courants du PS s’écharpent pour quelques sièges, que les ministres y mettent leur grain de sel et que Matignon ne veut pas perdre la main… «Dans cette tambouille, il était le plus petit dénominateur commun», résume un dirigeant de Solferino. Balayé du tableau la semaine dernière, ressuscité après de longues journées de négociations et de compromis, le numéro 2 est donc finalement devenu numéro 1 de la puissante rue de Solferino.

>> La carrière de Harlem Désir en photos

Ce n’était pourtant pas gagné. Arrivé au PS dans les années 90, l’ancien président de SOS Racisme, Jean-Philippe Désir de son vrai prénom, a d’abord eu du mal à se faire un trou au sein du PS. Député européen mais absent de l’Assemblée, il n’est jamais au premier plan sur les photos. Sans s’accrocher à un mentor même si Bertrand Delanoë le couve, il  navigue entre les courants. Ce qui lui coûte. Les uns dénoncent son manque de charisme, d’autres son manque d’intelligence tactique... Beaucoup moins médiatique que dans les années 80 lorsqu’il lançait les campagnes «Touche pas à mon pote», Désir va pourtant accéder à la direction du PS, à la faveur d’une autre tambouille interne: celle du Congrès de Reims de 2008. L’ancien militant associatif s’engage pour la motion de Bertrand Delanoë, qui soutient ensuite martine Aubry. Celle-ci renvoie l’ascenseur en nommant Désir secrétaire national à la coordination, c’est-à-dire numéro 2. Après tout, il ne dérange personne…

Les aubrystes sourient et son concurrent Jean-Christophe Cambadélis parade

Le tandem fonctionne… jusqu’aux primaires. Aubry candidate, Désir devient alors premier secrétaire par intérim. Il se garde de faire campagne pour l’un ou l’autre des candidats mais assure avec succès l’organisation de ce vote tout en renforçait son réseau dans les sections. Il prend de l’importance, ce qui énerve Martine Aubry, qui espérait un soutien a minima de son ancien numéro 2. Le soir-même de sa défaite, la Première secrétaire réintègre Solfé et récupère littéralement son bureau. Sans prendre des pincettes. Le lendemain matin, l’ancien intérimaire arrive à Solferino et retrouve carrément ses affaires dans des cartons.

Dès le mois de juin qui suit la présidentielle, Désir affirme pourtant son envie de briguer le poste de Premier secrétaire. Il se pose en candidat de la base, en artisan des primaires, «un moment d'innovation politique, d'ouverture à la société du Parti socialiste, avec la confiance de tous les candidats, avec une relation qui s'est nouée avec les militants», estime-t-il. Les aubrystes sourient et son concurrent Jean-Christophe Cambadélis parade à la Rochelle, sûr du soutien de la Première secrétaire, qui doit inscrire le nom de son successeur en tête de la motion de rassemblement. Alors qu’il avait voté cette façon de faire en 2010, Désir dénonce ce mode de succession dans les médias. Ses proches parlent d’un processus à la nord-coréenne. «C’était finalement assez fin car cela renvoyait Martine Aubry à son image autocratique», glisse le conseiller d’un ministre influent. Au gouvernement justement, des ministres importants (Valls, Moscovici, Peillon, Le Foll…) soutiennent le numéro 2. Autant par ambition que par peur de voir Martine Aubry verrouiller le parti. Des soutiens de poids qui ont fini de faire plier l’ancienne Première secrétaire.

 Condamné pour abus de biens sociaux

En 1998, Harlem Désir a été condamné à 18 mois de prison avec sursis et 30 000 francsd'amende pour recel d'abus de biens sociaux. Les faits remontent à l'époque où il était président de SOS Racisme. A la tête de cette association pendant 8 ans, Désir a reçu entre 86 et 87 un salaire payé par l'«Association régionale pour la formation et l'éducation des migrants». Un emploi considéré comme fictif par la justice.