Atlantic City: Qu'il est loin le temps de casino royal

POKER Reportage à Atlantic City, l'autre temple du jeu outre-Atlantique...

A New York, Renaud Ceccotti-Ricci

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Le « Black Friday » a provoqué un afflux de joueurs pro à Atlantic City, la seconde ville du jeu.
Le « Black Friday » a provoqué un afflux de joueurs pro à Atlantic City, la seconde ville du jeu. — DR

Sous son chapeau et derrière ses lunettes noires, on le prendrait presque pour Lucky Luciano. Son full aux as par les rois ne lui arrache pas même un sourire. Il lui rapporte quoi? 200 dollars? Pas mal pour un touriste venu tenter sa chance au casino. Mais pas pour Anthony Pierce, 24 ans, joueur pro depuis deux ans, qui tournait à plus de 1.500 dollars par semaine sur les sites de poker il y a un encore deux mois. «Pff, ça alors, je pensais que tu bluffais…», lui lance dans un grand sourire niais son voisin du Nebraska, plutôt à l'aise dans ses chaussettes blanches et sandalettes en cuir, mais beaucoup moins avec sa paire de neuf. «Le problème, c'est que même avec une paire d'as, j'empoche que dalle. Alors je ne te dis pas le reste du temps avec une main moyenne… De quoi m'acheter des clopes…», se lamente le pro dépité en empilant ses maigres jetons.

Au chômage forcé
Lumière blafarde, tapis des années 1970, croupier aux blagues éculées, la table de poker du Tropicana ne ressemble pas trop au Bellagio, mais Anthony fait avec. On est à Atlantic City, seconde ville du jeu aux Etats-Unis loin derrière Las Vegas, mais beaucoup plus proche de New York.
Depuis le vendredi 15 avril, Anthony est au chômage forcé. Ce jour-là, le FBI a lancé sa plus grosse opération contre les sites de poker américains pourtant basés à l'étranger, le «Black Friday» comme on l'appelle ici la larme à l'œil en repensant au temps béni de la quinte flush numérique et du carré d'as virtuel. Adresses IP bloquées, comptes bancaires gelés… Si la vie de joueur pro était auparavant un peu risquée, elle est devenue carrément impossible. Lui qui passait ses journées tranquille en caleçon devant son ordinateur dans son appart de Greenwich Village, le voilà réduit à essayer de ratisser des mémés à la retraite dans cette espèce de Disneyland en carton-pâte. Tu parles d'un bad beat. Comme Anthony, près de 50 000 joueurs professionnels se sont retrouvés sur le carreau. Les cars qui arrivent toutes les heures de Manhattan dans la ville casino du New Jersey comptent désormais plus de joueurs de cartes qu'il n'y avait d'as dans les manches des frères Houdini…