L'industrie du jeu demande du changement

POKER Les opérateurs ont réaffirmé leurs doutes sur le long terme, mardi lors d'un colloque parlementaire...

Matthieu Sustrac

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«Si nous continuons sous le système actuel, la plupart des opérateurs privés vont disparaitre et nous nous retrouverons dans une situation de monopole de fait», a avoué Emmanuel de Rohan Chabot, fondateur et dirigeant de Zeturf, mardi à la Maison de la chimie. Les opérateurs français tentent de convaincre le législateur de bouger en jouant la carte de la peur. Plusieurs dirigeants de sociétés implantées online sont donc montés au créneau pour expliquer leur doute sur la viabilité du marché à long terme.

Trop de taxes ou un modèle économique à trouver?

L’élargissement de leur offre de produits de jeux en ligne est une nécessité «pour que le modèle économique du secteur en France soit viable», a indiqué le président de Betclic Everest Group, Nicolas Beraud. Les opérateurs agréés expliquent que la taxation des mises sur les paris sportifs est trop importante et empêche le futur développement du secteur. Les spécialistes du poker remettent eux en question l'exploitation en dur de ce jeu. Tous cependant insistent sur le combat mené avec succès par l'Etat contre l'offre illégale. «Le but de la loi sur les jeux en ligne est de capter le marché illégal: en partie cet objectif a été atteint mais pas complètement et l’offre n’est pas attrayante. Le fait de taxer les mises impacte le produit des opérateurs avec des cotes peu attractives», a expliqué Nicolas Beraud alors que la semaine passée, le ministre du Budget réaffirmait qu'il n'y aurait pas de modification de la loi sur les jeux en ligne avant la présidentielle.

Moins de publicité, plus de retour aux joueurs?

Les opérateurs déclarent donc être freinés par la loi. Ce point de vue a tout de même été nuancé par le président de l’Autorité de régulation des jeux en ligne. «La meilleure arme contre les sites illégaux est en effet l’attractivité des sites légaux. Une réflexion doit être faite sur le modèle économique actuel des jeux en ligne, mais ne simplifions pas le sujet: le coût des campagnes publicitaires a représenté 94% du produit brut des jeux des opérateurs. Dans ces conditions il est difficile de gagner de l’argent, surtout si l’on ajoute 40% de frais de structure. [...] Ne simplifions pas les débats au risque de le fausser», a expliqué Jean-François Vilotte, pas dupe.

Les opérateurs doivent donc trouver le bon compromis entre acquérir des joueurs à peu de frais et permettre à leurs réguliers de jouer sans souffrir trop de la taxation. Au risque de disparaître. Car il faut bien le dire, sur la majorité des sites, les prélèvements étaient moins importants à l'ère de la prohibition... et les offres plus attractives...